Le 23 août 2019
Volume 37, Numéro 6
Reportage

Quand la culture part en flammes

En janvier, l'État islamique aurait brûlé plus de    2 000 ouvrages à Mossoul, en Irak. Cet autodafé n'est pas le premier dans l'histoire de l'humanité et, pour une autre lamentable fois, la communauté internationale est impuissante.

La deuxième ville de ce pays du Proche-Orient est sous l'emprise des djihadistes depuis l'été dernier. Ceux-ci auraient pillé plusieurs bibliothèques, dont celle du musée de Mossoul, qui contient des œuvres vieilles de sept millénaires. Des livres jeunesse, de poésie, de philosophie, de santé, de sport et de sciences, ainsi que des journaux datant du début du XXe siècle auraient disparu. Bien entendu, les ouvrages sur l'islam échappent au carnage.

Même si rien n'est confirmé par les autorités, les faits rapportés par l'agence Associated Press sont inquiétants.

Les livres représentent l'ouverture au monde, la diversité des cultures et les connaissances. Ils sont tout le contraire de l'idéologie prônée par les islamistes, qui veulent montrer leur force grâce aux flammes. Pendant ce temps, le reste du monde peut difficilement éteindre le brasier.

Il est encore plus ardu pour les populations locales de protéger leur patrimoine culturel sous les menaces de mort des intégristes, persuadés que les ouvrages «appellent à la désobéissance d'Allah».

L'État islamique n'est pas le seul groupe radical à procéder de cette façon. Il y a à peine deux ans, les «Défenseurs de l'islam» du front Ansar Dine menaçait de détruire les précieux manuscrits conservés à Tombouctou, au Mali. Grâce à la ruse des habitants, 90 % d'entre eux ont pu être sauvés, mais c'est un cas exceptionnel.

De 1998 à 2001, les talibans afghans ont anéanti plus de 55 000 livres rares et de grande valeur historique. En 1992, la Bibliothèque nationale et universitaire de Sarajevo en Bosnie-Herzégovine, qui contenait plus d'un million de volumes, a été complètement incendiée sous l'assaut des extrémistes serbes.

Impossible également de passer à côté de l'autodafé nazi , en une nuit seulement, 20 000 ouvrages ont été brûlés par des étudiants à Berlin en 1933. Encore , ces «écrits juifs nuisibles», comme on les qualifiait à l'époque, s'opposaient aux mentalités radicales.

On pourrait croire qu'en cette ère des communications de masse, les livres sont moins importants. Pourtant, ils permettent une réelle liberté d'expression, contrairement à Internet les dangers de manipulation sont élevés. Sans aucun doute, les gouvernements devraient se sentir responsables des générations futures, qui ont aussi droit à l'information, à l'éducation et à un patrimoine culturel décent.