Le 22 octobre 2019
Volume 37, Numéro 8
Cahier d'Europe deuxième partie
Opinion

Cahier d'Europe deuxième partie

Le mois dernier, je vous racontais mon aventure automnale en Europe, un voyage marqué par les délices sucrés, les rencontres surprenantes et les fenêtres imprenables sur l'Histoire. Voici la suite de mes pensées de vagabonde en sol français et suisse.

  1. Vénérable verdure…

Il n'y a pas que les bâtiments qui ont de l'âge : on dirait que même la nature a l'air d'avoir vu plus de générations sur le Vieux continent, malgré que nos sapins et nos épinettes ont vu défiler leur lot d'Iroquois et d'Algonquiens. Peut-être parce que les villes européennes se sont développées bien avant les villes américaines et qu'elles ont eu suffisamment le temps d'intégrer le concept d'espaces verts.

Il n'est pas question ici de petits troncs dressés péniblement à travers les terre-pleins : plutôt de majestueuses racines qui courent sous les pavés, de magnifiques feuillages qui surplombent les rues et de tours d'écorce si épais qu'on peine à les suivre avec nos bras. Combien d'illustres personnages se sont assis sous les branches du gigantesque platane du Quai de Turckheim, un emblème du quartier de la Petite France à Strasbourg, un monument si imposant qu'il sert de repère pour se diriger dans les guides touristiques ? Combien d'associations ont dû se battre pour préserver tous ces arbres remarquables et ces essences qu'on ne connaît bien souvent que dans les herbiers au Québec ?

 

Je crois que les bâtiments historiques et les maisons patrimoniales n'auraient pas autant de charme sans les arbres qui ont veillé sur leurs habitants durant tant de décennies, des siècles même si on pense au tronc pommelé et noueux qui s'élève depuis plus de 250 ans au cœur de Strasbourg. On parle ici d'une métropole, imaginez dans les forêts…

  1. … et pierre imposante

Si les arbres donnent déjà une impression de grandeur, elle n'est que renforcée par les montagnes. Nous sommes déjà assez choyés, dans la région, de pouvoir admirer les monts Valins au nord et le parc des Laurentides au sud. Regarder leur plus grand sommet, à 984 mètres pour l'un et 1219 mètres pour l'autre, surtout quand la neige les saupoudre, revient à avoir un peu la tête dans les nuages nous aussi. Pourtant, ces amas de roches ont l'air de simples collines quand on arrive au pied des Alpes.

À la frontière notamment de la Suisse, de la France et de l'Italie, cette chaîne de montagnes est le paradis des alpinistes. Les touristes douillets trouvent aussi leur compte à la station du massif du Mont-Blanc, en empruntant courageusement le téléphérique bringuebalant à partir du village de ski de Chamonix jusqu'au sommet de l'Aiguille du Midi à 3 842 mètres. La vue donne le vertige, pas tant par peur des airs que parce qu'on réalise à quel point nous sommes petits. Et l'altitude ne s'arrête pas là, alors que le mont Blanc culmine à 4810 mètres.

Quand, plus tard dans le voyage, j'ai atteint le massif des Vosges et leur 1424 mètres de hauteur en Alsace, tout près de la frontière allemande, j'étais presque plus à l'aise de retrouver de «simples collines». Même si depuis le château du Haut-Koenigsburg, les nuages cachaient les villages alentour et donnaient l'impression de se prendre un peu de haut…