Le 23 août 2017
Volume 35, Numéro 6
Le secret de la confession
Saviez-vous Que...

Le secret de la confession

À partir d'une anecdote savoureuse, racontée par Rolande Lavoie, lors d'une allocution pour la fête des mères au centre Multiservice de Shipshaw.

Nous sommes au petit village de Saint-Jean-Vianney et la petite Rolande a 6 ans et les religieuses du couvent préparent les enfants à leur première confession. Comme il est difficile pour un jeune de cet âge de se dépatouiller avec la notion de péché, les sœurs remettaient aux tout-petits une liste de péchés plus ou moins comprise et adaptée à leur âge. Arrivée à la maison, la petite Rolande est bien embêtée de faire un choix d'autant plus qu'elle ne veut pas aller se confesser au curé Savard qui vient chez les Lavoie à toutes les semaines. En effet M. le curé ne manque jamais l'occasion de venir se chercher un pain chaud quand maman Rachelle cuit son pain pour la famille.

- Rolande: - «Non, j'veux pas y aller à confesse. Le curé va me reconnaître, c'est sûr. Non bon! »

- Maman Rachelle : - « Voyons donc, Rolande, tu sais ben que M. le curé ne te reconnaîtra pas. D'abord il fait sombre dans le confessionnal et en plus il y a un grillage entre lui et toi. Tu y vas c'est toute! 

Fin de la discussion. Très peu rassurée, Rolande se plie donc aux ordres et, le jour venu, elle fait partie du groupe de jeunes pécheresses qui attendent, penaudes, de passer au «cash». Taponnant sa liste de péchés nerveusement, elle épiait, angoissée, ses camarades qui passaient en premier. Quand finalement, toutes eurent passé au confessionnal, Rolande tenta de rester sur son banc, mais la religieuse la saisit par un bras et l'aida solidement à se rendre au lieu de torture.

À peine agenouillée, Rolande sursaute quand le curé ouvre la trappe du confessionnal d'un coup sec et, sans préambule :

- Curé : - « Dis tes péchés! »

- Rolande : - « Mon père je m'accuse…… du no 3. »

Dans sa tête de petite fille, Rolande ne comprenait toujours pas que l'envie puisse être un péché, alors que pour elle c'était plutôt un besoin naturel. Et comment pourrait-elle promettre de ne pas recommencer?

- Curé : - (après avoir marmonner une formule incompréhensible) «Ta mère a-t-elle cuit du pain?»

- Rolande en colère, alors que sa pire appréhension devenait réalité, échappa un petit « oui » étouffé.

- Curé : - Pour ta pénitence tu viendras m'en porter un au presbytère.

Rolande quitta le confessionnal rien que sur un talon. Elle fulminait. Rendue chez-elle après un claquage de porte pas ordinaire, encore rouge de colère, elle dit à sa mère: «T'es une menteuse! J'le savais. Le curé m'a reconnue au confessionnal. Il veut que je lui apporte un pain en plus ».

Quand on y pense la confession de l'époque entraînait parfois son lot de péchés : Rolande était en colère (la colère est le 6ième péché capital) et en plus contre sa mère (le 4ième commandement de Dieu dit : honore ton père et ta mère). On peut comprendre qu'elle n'avait plus ENVIE de retourner dans ce tribunal où les forces sont par trop inégales.

Quand au curé Savard n'était-t-il pas au bord de la gourmandise? Dieu seul le sait.