Le 24 mai 2017
Volume 35, Numéro 5
Entrevue

Noël d'Antan

Ma tante Béatrice Martel, sœur de mon père Laurent Martel, de la Route Mathias, Shipshaw, a été la première enfant inscrite dans le registre de la nouvelle paroisse de SJV; avant ce n'était qu'un hameau agricole. Elle est née en 1935 et elle a vécu à SJV jusqu'à son mariage en 1957. Elle est la fille d'Albertine Tremblay et d'Oscar Martel. 

Elle a connu les promena-des dans un traîneau attelé à des chevaux, bien emmitouflée dans des peaux d'ours pour aller et revenir de la messe de minuit. Mon arrière-grand-père, Ernest Martel (arrivé à SJV vers1898), était très fier; il astiquait le « brasse » de son attelage afin que tout soit étincelant. Notre famille comme toute la paroisse était très religieuse. L'observation de la liturgie chrétienne et ses divers rites et cérémonies étaient suivis avec grande ferveur. 

Tout commençait par l'Avent, le 4e dimanche précédant Noël. À cette période, chacun est appelé à la vigilance et au changement de vie : la nécessité de la conversation et de la préparation du cœur. Le début de l'Avent marque aussi l'entrée dans une nouvelle année liturgique.

Ensuite, le 8 décembre venait la fête de l'Immaculée-Conception. Cette journée était considérée comme un dimanche. Les gens, pour la plupart cultivateurs et travailleurs forestiers, chômaient ce jour-là. Pour la foi chrétienne, Marie était indissociable de l'enfant Jésus qu'elle avait porté. C'était donc une journée solennelle.

Cette période de l'année était, après celle de Pâques évidemment, la plus grande fête de l'année. Les femmes préparaient les victuailles en vue des célébrations à venir. Tout se faisait dans la gaieté, la bonne humeur, les bonnes senteurs des plats divers, les sourires tout en pensant aux joies et plaisirs à venir. 

Les parents, peu fortunés mais créatifs, fabriquaient des cadeaux de leurs mains. Les enfants avaient tous un bas de Noël avec quelques surprises dont la fameuse, juteuse et délicieuse orange dont ils se délectaient. Quelle douceur au palais ! Ma tante se souvient d'un Noël en particulier où elle a reçu un beau traîneau rouge que son père, mon grand-père Oscar Martel, avait fabriqué et terminé la veille de Noël. Ma grand-mère Albertine Tremblay-Martel l'avait orné de beaux dessins d'une magnifique dorure. Quoi de plus agréable pour des parents que de voir l'émerveillement dans les yeux de ces chers trésors. Leurs efforts avaient porté fruit.

Le 24 décembre au soir, rien de particulier ne se passait sauf que les enfants se couchaient tôt. Ils étaient réveillés pour aller à la messe de minuit. Et, Hop!, tout le monde dans le traîneau bien couverts par les peaux pour les préserver du froid et du vent.

Après la messe, un goûter en famille et tous au dodo. Le lendemain matin, le 25 décembre, les étrennes étaient distribuées. Ensuite, le festin de noël (souper) en famille avait lieu. Entre Noël et le Nouvel An, la vie courante reprenait. 

Mais à partir du Nouvel An, les festivités allaient bon train. Tous jusqu'au dernier membre de la famille se recevaient à tour de rôle. Dépendant du nombre de descendants de cette fratrie, cela pouvait s'étirer jusqu'à une quinzaine de jours.  Que ce soit les déjeuners, dîners ou soupers, tous se rendaient d'une maisonnée à l'autre, même durant la semaine, surtout les mardi et mercredi. Après le repas, les violoneux et les joueurs de cuillères s'en donnaient à cœur joie.

Il ne faut pas oublier de mentionner l'Épiphanie (6 janvier) qui nous apportait la fameuse fête des Rois et son souper agrémenté de son gâteau et une fève enfouie pour couronner un roi ou une reine. J'ai été très surprise d'apprendre que c'était surtout un événement de réjouissance pour les adultes et non pour les enfants. Du moins, c'est comme cela que cela se passait du temps de ma tante Béatrice.

Pour terminer, il va sans dire que ce dernier souper est encore bien d'actualité, car cette fête est particulièrement célébrée en Amérique latine et en Europe de nos jours. Cela prouve que les traditions chrétiennes demeurent et que les gens y tiennent.

Merci tante Béatrice et Joyeux Noël et

Bonne Année à tous. Paix dans vos

cœurs et paix sur terre!