Le 28 juin 2017
Volume 35, Numéro 6
Opinion

Engagement

2016 terminée, 2017 arrivée, c'est le temps des résolutions. L'idée est vieille comme la Terre, mais elle revient nous hanter tous les ans et on se sent tous un peu obligés de s'engager à faire quelque chose de plus cette année. Pourtant, on le sait tous que c'est de la frime. «Faire plus de sport», «manger mieux», ce ne sont pas des engagements réfléchis, mais seulement une sorte de pacte que l'on passe avec son estomac pour le forcer à digérer les trois dernières pointes de tourtières. N'empêche qu'il en demeure un petit quelque chose de positif, une certaine prise de conscience collective.

 

En retournant au Saguenay après avoir passé Noël et le jour de l'An avec ma famille dans les Cantons-de-l'Est, je me disais que malgré toutes nos bonnes intentions, 2017 allait être comme 2016. Après tout, il n'y a pas eu de grand ménage cosmique entre le 31 décembre et le 1er janvier. Personne n'est contre la vertu, mais qui agit réellement? Et est-ce qu'on peut vraiment faire quelque chose comme individu, à part se donner bonne conscience en mettant son bac de recyclage sur le bord du chemin? À voir tous les scandales de corruption des dernières années, je ne suis pas particulièrement optimiste sur notre capacité en tant que peuple à mener des projets communs. On dirait plutôt qu'on possède un sens extraordinaire pour se manger mutuellement la laine sur le dos. Cette année pourtant, mon scepticisme a été confondu et j'ai été témoin de quelque chose d'extraordinaire: de l'entraide spontanée!

 

Je vous explique. Nous étions aux alentours du 12 janvier et les conditions routières étaient assez difficiles dans le Parc des Laurentides. Le ministère des Transports avait fermé le parc en direction Nord au niveau de l'Étape, mais nous ne pouvions pas nous y rendre parce que des remorques bloquaient les deux voies un peu avant. Des déneigeuses et des policiers avaient été dépêchés pour ouvrir les sorties réservées aux véhicules d'urgence et faire la circulation, mais les gens s'étaient arrêtés sur les deux voies en leur bloquant l'accès. Eh bien spontanément, une douzaine de personnes sont sortis de leur voiture pour pelleter la sortie réservée aux véhicules d'urgence avec les moyens du bord. L'idée c'était de permettre aux gens de retourner en direction de Stoneham plutôt que d'attendre après la lune sur la 175 Nord. La majorité des volontaires sont restés près d'une heure pour faire la circulation et s'assurer que tout le monde franchisse la portion déneigée sans se prendre. Le danger était que le conducteur ou la conductrice d'un petit véhicule sport plus pressé que les autres s'enlise et bloque la seule sortie permettant de désengorger cette portion de la route. Les gens se sont ensuite retrouvés à une station-service de Stoneham où tout le monde discutait de l'évolution des conditions routières dans une ambiance bon enfant. Personne n'en a glissé mot, mais les gens étaient fiers d'avoir réglé la situation par eux-mêmes. 

 

Pour ramener tout cela en termes plus politique, traverser le Parc des Laurentides, c'est un projet de société. Il y a d'autres chemins pour aller au Saguenay, mais on sait tous que la meilleure route pour la majorité des gens, c'est de traverser le Parc des Laurentides. Personne n'aurait voulu déneiger seul et nous devions avoir conscience à la fois que notre collaboration était essentielle.  Vous allez me dire que pelleter sur le bord de la route et bâtir un projet de société sont des choses bien distinctes. C'est peut-être vrai, mais il ne faudrait tout de même pas sous-estimer nos capacités en tant que peuple.