Le 28 juin 2017
Volume 35, Numéro 6
La routine
Opinion

La routine

Partout on nous bombarde des avantages d'une routine quotidienne. J'ai décidé d'ignorer ces fameux articles, mais j'entendais les mêmes conseils à la télévision, à la radio, dans les journaux et surtout dans les conversations de mes collègues. J'en pouvais plus! 

On vit dans une société qui idéalise les super héros du quotidien. La mère de quatre enfants qui se rend au gym plusieurs fois par semaine, en plus de faire les lunchs des petits. Le travailleur qui se lève avant le soleil pour faire son jogging matinal malgré la température glaciale. Des gens qui font des petits gestes, jour après jour, qui sont supposés être payants un jour. 

Évidemment, personne n'est contre la vertu: passer plus de temps à faire du sport reste un bien bel idéal, mais pour monsieur-madame tout-le-monde, ça reste difficile à accomplir. Pourquoi? Tout simplement parce qu'il n'y a que vingt-quatre heures dans une journée! 

La vraie routine pour la majorité des gens, celle qui occupe tout notre temps, c'est de se lever le matin à des heures barbares pour déneiger, partir au travail, revenir, faire le souper, la vaisselle, dormir et recommencer le lendemain. A priori ça n'a rien de bien joyeux, mais c'est ça le train-train quotidien. 

Le pire dans tout ça, c'est que cette fameuse routine, en plus d'être épuisante et ennuyeuse, est dangereuse. L'ennui et la fatigue ne font pas bon ménage; trop souvent cela peut mener à la dépression.  Les recherches qui prouvent ce lien sont très nombreuses. Le fait de ne plus trouver de satisfaction dans l'accomplissement des terribles tâches quotidiennes, que ce soit à la maison ou au travail, a déjà causé bien des burnouts et même des divorces. Ça parait difficile à croire, mais on peut quand même se battre contre la routine. Il suffit seulement de prendre un peu de recul pour identifier clairement nos priorités. 

Parce que nos priorités, c'est rarement de regarder la télévision ou de perdre notre temps sur Facebook. En additionnant tout le temps qu'on perd, on se rend compte du nombre de choses que l'on aime vraiment qu'on aurait pu faire. En extrapolant un peu, la même logique s'applique aux tâches ingrates: vaut mieux laisser attendre la vaisselle sale que de mettre en jeu notre santé mentale. 

Ce n'est pas quelque chose que l'on aime discuter, sûrement parce que la société québécoise s'est bâtie sur l'énorme travail que nos ancêtres ont accompli. Chaque génération se croit plus lâche que la précédente. Pourtant le travail d'aujourd'hui n'est pas ce qu'il était il y a cent ans. Les emplois ne sont pas nécessairement valorisants et ce n'est pas tout le monde qui est fier de son boulot. 

J'entendais récemment des proches féliciter un de mes collègues d'étude parce qu'il travaille trente heures par semaine en plus de ses trente heures de cours. Ça m'a ébranlé. En quoi cela est-il bénéfique? Et puis c'est gênant de dénoncer cela: tout le monde veut travailler. Avec le climat économique actuel, on n'est pas vraiment en position pour cracher sur nos heures d'ouvrage. On en oublie que la principale raison pour laquelle on va puncher le matin, c'est d'avoir les moyens de profiter de notre vie. 

La recette du bonheur, c'est peut-être

tout simplement d'en

faire moins.