Le 28 juin 2017
Volume 35, Numéro 6
Opinion

Bien chez soi

On es-tu bien chez nous! Dans le confort de notre petite vie tranquille et de nos habitudes. On vit si bien, malgré les tracas quotidien, entouré de notre famille et de nos amis. Difficile de s'imaginer quitter tout cela pour aller vivre loin de chez soi. La majorité des gens pensent ainsi, la majorité des gens ici et ailleurs, partout dans le monde. 

On peut choisir de travailler à l'étranger, quelques temps, l'occasion de vivre de nouvelles expériences pendant une partie de notre vie. On ne choisit pas de traverser une frontière durant une nuit glaciale dans un pays situé à des dizaines de milliers de kilomètres de la maison de notre mère. Ce n'est pas non plus par choix que l'on marche pendant une dizaine de mois pour amener sa famille loin de la violence. 

L'immigration, c'est rarement un choix. Ce n'est pas seulement ici que les gens sont bien chez eux. La plupart des hommes et des femmes sur cette planète comptent bien mourir près d'où ils sont nés. Ceux qui font l'effort titanesque de se battre contre la bureaucratie ou contre les frontières physiques pour s'établir ailleurs ne sont pas des je-ne-sais-qui mal intentionnés, mais seulement des victimes d'injustices. 

Un homme a bien failli mourir de froid à la frontière de Lacolle en Montérégie il y a presque un mois jour pour jour. Le réfugié d'origine ivoirienne a tenté de quitter son pays natal puisque sa vie y était menacée. Il n'a pas réussi à obtenir la citoyenneté américaine, ni l'asile politique au Canada. La clandestinité au Canada était sa dernière option avant d'être forcé de retourner en Côte d'Ivoire et peut être de voir s'exécuter les menaces qui pèsent sur lui.   

Ici et ailleurs, les gens sont pareils. L'humain se ressemble dans ses qualités, ses tares et ses défauts.  Questions efforts, disons que ça nous en prend beaucoup pour nous forcer à agir.  Personnellement, je ne suis même pas assez motivé pour sortir les déchets de la maison lorsqu'il fait froid le soir. Alors traverser illégalement une frontière, en plein hiver dans le froid et le noir, sans savoir où j'irai, avec de lourds bagages, je vais passer mon tour… 

Devant l'ampleur du phénomène, on en oublie que derrière chaque cas qui forme les impressionnantes statistiques, il y a des hommes et des femmes qui n'ont nulle part où s'épanouir. Quand un père de famille en Syrie décide que lui, sa femme et ses enfants doivent abandonner leur nid familial et  marcher jusqu'en Europe avec leurs bagages et souvent leurs jeunes enfants, c'est que ça va mal à shop. 

Au Québec on est chanceux, on choisit les gens que l'on va accueillir. Eux n'ont pas cette chance de choisir: la décision s'impose souvent d'elle-même. Vaut mieux l'hiver québécois que la guerre civile ou la pauvreté chronique. Et contrairement à ce que l'on croit, les nouveaux arrivants sont choisis en grande partie dans le but de préserver ce qu'il y a de plus cher à notre identité nationale : la langue! 

Bien sûr, l'idéal serait que chacun soit libre de s'établir et de s'épanouir dans l'endroit désiré. Assurément que dans ce monde idéal, plusieurs réfugiés choisiraient de demeurer sur leur terre natale plutôt que de tenter leur chance sur les routes de l'exil. Mais cet idéal nécessite le calme dans les zones de conflits, un minimum de richesse où les gens n'ont pas de misère à manger et des légumes dans les champs plutôt que des mines. C'est bien malheureux mais on arrive à une triste époque où notre seul choix est d'accueillir davantage de ces malheureux ou de regarder la détresse humaine en HD dans notre salon. 

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