Le 11 décembre 2017
Volume 35, Numéro 10
Opinion

Les gars et la bureaucratie

Je discutais récemment avec une conseillère municipale pour préparer l'article qui sera à la une de cette édition de votre journal. Parmi la foule de sujets qui ont été abordés, il y a bien sûr eu les différences entre la façon de faire de la politique des hommes versus celle des femmes. Je crains toujours d'avoir l'air sexiste et condescendant en posant ce type de questions, mais je me sentirais encore plus sexiste en assumant que les deux sexes fonctionnent à l'identique et que le fait d'une une femme qui se lance dans l'arène politique n'implique pas son lot de défis. 

Bref, elle me disait qu'à son sens, une des différences principales entre les hommes et les femmes en politique reposait sur la capacité des dernières à mener plusieurs projets de front. Tout d'un coup, je me suis senti particulièrement concerné considérant ma propre incapacité à travailler sur plus d'un sujet à la fois. D'autant plus qu'une de mes profs de journalisme avait également fait la remarque précédemment à propos de la gente masculine en général.  Au-delà des généralités, il y a ici quelque chose de bien observable, imputable peut-être à une façon d'éduquer les p'tis gars. Qui sait? 

L'idée m'est restée en tête. S'il est vrai que nous travaillons un seul projet à la fois et que nous, hommes, avons exercé une hégémonie presque totale sur l'appareil politique jusqu'à tout récemment, forcément cette façon de faire a dû se répercuter dans l'organisation et la structure des institutions que nous avons mises sur pied. Après réflexion, je crois bien que oui, elle s'y retrouve effectivement. 

Vous savez, certains ministères (au provincial comme au fédéral) gèrent de si lourds et complexes dossiers qu'ils sont devenus d'immenses mammouths bureaucratiques. Et forcément, parmi les centaines de postes  aux tâches diverses, il s'y retrouve des gens dont le mandat professionnel fait sourciller. Des postes qui ont été créés à un moment donné pour répondre à une problématique particulière, une tâche bien précise et qui fonctionne probablement à vide depuis, puisque la problématique s'est résolue et qu'il est souvent très difficile d'abolir un poste de fonctionnaire. 

J'ai toutefois espoir que la situation devrait s'améliorer progressivement avec la «dégenrification» de la politique. Un politicien en 2017, ce n'est plus forcément un homme blanc de 45 ans et plus, c'est plutôt un citoyen engagé. À la longue, au fil des restructurations économiques, des périodes d'austérité et de réinvestissement préélectoral, nous verrons une refonte de notre bureaucratie. L'idée n'est pas de mettre des travailleurs bien formés à la porte, mais de modifier les tâches et responsabilités pour augmenter la polyvalence de nos fonctionnaires. Ils n'en demandent pas moins pour la plupart ; c'est toujours frustrant de ne pas pouvoir accomplir une tâche que nous avons pleinement les capacités de réaliser. 

Dans la hiérarchie actuelle, plus le fonctionnaire a un poste aux responsabilités importantes (ça s'évalue bien souvent au nombre de personnes qui travaillent sous son autorité), plus son mandat de travail risque de ressembler à «s'assurer que tout va bien», et plus il risque d'être un homme. C'est un principe qui s'observe avec les hauts-fonctionnaires, pas les ministres. Les ministres sont trop médiatiques et le gouvernement veut éviter de se faire taxer de sexisme. 

Heureusement, de plus en plus, de nombreux domaines économiques repensent leur façon de travailler. À part pour le travail manuel d'usine, la pensée tayloriste, qui avance qu'il est plus efficace de répéter une même tache toute la journée, est dépassée. Des travailleurs motivés et polyvalents seront toujours plus efficaces pour une entreprise ou une organisation que des zombies blasés.

Joyeux Noël et bonne année en passant! 

Il est encore tôt au moment où j'écris ces lignes, mais lorsque votre fabuleux journal sera publié, la frénésie du magasinage des fêtes sera commencée. On ne se souhaite que le meilleur pour 2018 Shiphois, Shiphoises d'origine et d'adoption. Il y a fort à parier que l'année à venir sera remplie de grandes joies pour nous tous et de nouveaux défis à relever. Avec une nouvelle administration municipale et toute cette mobilisation des citoyens qui font entendre leur voix  dans plusieurs milieux, on peut croire que nous entrons dans une ère de changements. Il est encore possible de rêver, de s'impliquer et de travailler à faire changer les choses qui ne sont pas à notre goût. Que ce soit mettre au niveau un cadre dans notre salon ou enrayer la faim dans le monde, il n'a jamais été aussi facile depuis que le monde est monde de s'exprimer, de s'impliquer et de s'organiser.

Michael H. Lambert