Le 17 juillet 2018
Volume 36, Numéro 6
New York, ville absurde
Opinion

New York, ville absurde

D'emblée, je dois avouer que je ne suis pas un grand fan de New York. Je ne comprends pas l'engouement derrière l'envie de magasiner des objets improbables parmi une foule surexcitée ou de déambuler péniblement sous les attaques de la publicité envahissante de Times Square. Malgré cela, la ville a une âme complexe qui m'attire à l'occasion. Depuis que je possède le permis de conduire et une voiture, je m'y suis rendu à deux reprises et à chaque fois, j'y ai vécu des expériences assez rocambolesques.  

Automne 2017. Je me rends à New York avec un ami pour quelques heures afin d'y vivre une expérience anthropologique, c'est-à-dire assister à un spectacle de Black Metal. J'ai réservé pour une seule nuit l'hôtel le plus «cheap» des environs, mais qui n'abritent pas de coquerelles, car j'ai eu une mauvaise expérience avec ces petites bêtes dans un précédant voyage à New York. Nous logions donc pour une seule nuit tout près de l'aéroport de Newark, dans l'état du New Jersey. Je m'étais assuré avant de réserver qu'une station de train de banlieue se trouvait à quelques coins de rues et que le centre-ville de New York allait nous être accessible en quelques minutes. 

Après avoir pris soin de cacher notre état de touriste (réflexe presque nécessaire à Newark puisque la ville est réputée agitée –disons-le ainsi-) en nous habillant en surplus d'armée, nous partons à la recherche de la fameuse station de train, sans toutefois être capable de la trouver. Rien de grave, nous prenons la suivante après une petite demi-heure de marche. Nous déambulons par la suite toute la journée à New York, en évitant soigneusement les sentiers trop battus. 

Le spectacle terminée et vidés de toute énergie, nous reprenons le chemin du retour après avoir mangé la pointe de pizza la plus chère de toute ma vie. Une fois à l'intérieur du système de transport en commun, il est logiquement impossible de louper l'arrêt du matin. Pas peu fiers d'être presque revenus sans anicroches à l'hôtel, moi et mon compagnon de voyage débarquons à «Newark Airport Station». Nous planifions de traverser tout bonnement à pieds les bretelles d'autoroute qui nous séparent de nos lits. Il est déjà presque 2h du mat' et les environs sont déserts. Mais surprise! Des clôtures barbelées et des gardes de sécurité bêtes comme leurs pieds nous attendent à la sortie de la station. Impossible de sortir par nous-mêmes. On nous embarque de force dans un autobus qui se dirige tout droit vers l'aéroport. À ce moment, le sommeil prend déjà trop de place dans nos esprits pour qu'on constate que la situation devient assez problématique. 

C'est que l'aéroport est une enclave sécurisée. Seules les navettes des hôtels sont autorisées à y circuler et les navettes viennent chercher les voyageurs qui débarquent de l'avion, ce qui n'est pas notre cas. J'essaie tant bien que mal de communiquer avec la réception de l'hôtel –auquel je ne suis pas encore enregistré- mais je constate rapidement que les décibels quelque peu élevés du concert m'ont laissé dans un état de surdité presque total. Finalement on apprend qu'une navette doit arriver au moment même, à un endroit X de l'aéroport, le plus loin d'où nous nous trouvions et que nous allions vraisemblablement manquer cette planche de salut.   

À noter que dans la vie courante je ne suis pas du tout bilingue, mais devant mon puissant envie de dormir, je me serais débrouillé en égyptien ancien s'il l'avait fallu.   

Un sympathique conducteur de bus, après avoir tenté de nous arnaquer en nous offrant de nous emmener à notre hôtel contre pas mal de bidous, nous indiqua où la prochaine navette devait arriver. Après avoir refusé son offre, je m'attendais à ce qu'il nous indique une fausse direction, d'autant plus qu'il nous dit d'attendre un «train» au troisième étage de l'aéroport. 

Bien que je doutais de l'existence des trains volants, force est de constater qu'un engin suspendu s'est tout de même pointé le bout du nez et que nous nous sommes retrouvées, je ne sais par quelle magie obscure, au bon endroit. 

Pour conclure cette absurde et rocambolesque aventure, nous avons attendu notre navette pendant une bonne heure et demie en compagnie d'une dizaine de touristes russes qui eux, débarquaient réellement d'un avion. Envahi par la fatigue et l'ennui, j'ai tenté d'initier la conversation en usant des quelques mots de russe qui me venaient à l'esprit. Cyka blyat! Des jurons évidemment. Je n'ai récolté que quelques sourires et de la compassion de la part de ceux qui terminaient eux aussi leur voyage au bout de la nuit.