Le 21 octobre 2018
Volume 36, Numéro 8
Opinion

Milliards pour les US

Vous lirez peut-être cette chronique sur Facebook. En tout cas, je l'aurai postée moi-même, comme la plupart des textes du journal, sur les réseaux sociaux afin d'augmenter la visibilité de notre journal shipshois. 

Pourtant, Facebook, mais aussi Google pour ne nommer que ces deux géants, sont des voyous au Canada. Contrairement à nos petites et grandes entreprises régionales qui investissent en publicité, les campagnes publicitaires sur ces plateformes sont exemptes de taxation. 

A priori, ça ne semble pas si grave. Facebook demeure fondamentalement un divertissement, quelque chose de pas si sérieux. 

Sauf qu'on a perdu plus de 5,7 milliards CAD, seulement en 2017. Le montant sera plus élevé en 2018.  

5,7 milliards, c'est assez d'argent pour financer La Vie d'Ici jusqu'à ce que Saint-Jean-Vianney devienne une mégapole d'un million d'habitants. 5,7 milliards, c'est aussi un peu plus d'argent que la somme amassée lors du dernier Tuperware Go. 

Ce sont des chiffres que le quotidien La Presse a pu obtenir en janvier dernier. Pour les décortiquer un peu, 5,7 milliards, c'est le montant total investi en publicité dans ces deux géants-là par des entreprises canadiennes ou qui font affaire dans le plus meilleur pays au monde. Sur cette somme, 720 millions auraient pu être perçus en recette fiscale. Et ça pourrait être beaucoup mieux. Si cette publicité avait été investie à la télévision canadienne, sur les panneaux publicitaires canadiens, à la radio canadienne et surtout, dans les journaux canadiens, cet argent-là serait resté dans l'économie canadienne. 

À ma connaissance et après quelques recherches sommaires, aucun pays n'a pour l'instant réussi à taxer les géants du web. Les gouvernements sont encore au siècle passé sur bien des aspects et, en attendant qu'on trouve la recette pour taxer le web sans devenir un système dictatorial, eh bien on perd beaucoup de bidous. 

Les médias traditionnels sont les premières victimes de cette situation. Les journaux ont vu leurs revenus diminuer drastiquement. Ce sont des bonnes jobs bien payées qui disparaissent. Ça diminue la qualité de la presse, de la couverture médiatique et ça affecte la libre circulation des informations de qualité. 

Le danger avec les réseaux sociaux, vous le savez autant que moi, c'est que la plupart des trucs qu'on peut y lire sont soit complètement faux ou alors sortis de leur contexte. D'où l'importance d'avoir encore des entreprises médiatiques indépendantes pour donner l'heure juste. 

On ne peut vraiment accuser Facebook ou Google d'être de mauvaise foi. Aucune entreprise, à moins d'y être forcée, n'ira déposer un magot de 700 millions à un gouvernement. Mais on est en droit d'exiger d'un gouvernement qu'il fasse respecter les mêmes lois et règlements pour tout le monde. 

Là où le bât blesse, c'est quand le gouvernement provincial ou fédéral (et même municipal) investit dans des campagnes publicitaires sur ces plateformes qui ne sont pas taxées. La SAQ et la SAAQ investissent beaucoup sur YouTube qui, soit dit en passant, ne paie pas plus de taxes au Canada que Facebook ou Jean Chrétien. C'est de l'argent qui s'en va directement aux États-Unis, sans même passer la frontière. Je crois qu'on est en droit d'exiger que nos taxes et impôts demeurent chez nous.