Le 20 juin 2018
Volume 36, Numéro 6
Marge d'erreur
Saviez-vous Que...

Marge d'erreur

Marge d'erreur 50% 

Avec les adieux à l'hiver viennent, à chaque année, les tournois de hockey dans les ligues mineures. C'est dans ce contexte effervescent que Thomas James, fils de Clifford, se préparait à tout donner pour son équipe. Comme il n'a que 10 ans, il a dû se tourner vers sa grand-mère, Alyne Claveau, pour augmenter le nombre de ses partisans lors de l'ultime match. Celle-ci, bien que toujours néophyte à 63 ans dans ses connaissances du jeu, ne pouvait refuser pareille invitation. La partie devait se tenir à La Baie, à l'aréna Jean-Claude Tremblay, à 15h00. 

Fidèle à la parole donnée, Mamie se rendit pile-poil à l'heure, à l'aréna. Perdue dans les gradins, Alyne surveillait les joueurs pour reconnaître et saluer son petit-fils. Toutefois le contact ne se fit jamais. C'est vrai qu'avec le casque et la visière ça complique un peu les choses. Qui plus est, notre fan à temps partiel n'avait aucune idée du numéro de gilet de Thomas, ni du nom de son équipe. Elle écoute la partie avec beaucoup d'intérêt mais, de petit-fils, aucune trace. Vers la fin du match, le doute s'installa insidieusement dans les pensées de cette fidèle spectatrice. 

Finalement la partie prit fin et les joueurs quittèrent sans que Thomas ne passe sur le radar. Déçue, Alyne quitta l'aréna mais constata, une fois dehors, qu'il y avait 2 patinoires au complexe J. C. Tremblay. L'Évidence lui apparut alors, Thomas jouait son match sur l'autre glace. Elle y entra juste au moment où la partie prenait fin. 

On appelle ça passer proche. 

Ce soir-là, elle décida avec fermeté de ne pas s'acheter de 6/49. 

Misère 

Dernièrement j'ai fait la rencontre d'une vieille connaissance en la personne de Benoit Roy. Ce dernier est natif de Shipshaw mais n'y demeure plus. Ce qui fait que les occasions de se voir se raréfient. Aussi en avons-nous profiter pour délirer un peu, ce dernier étant un "p'tit comique". Comme je venais de m'empiffrer de gâteau au chocolat, je faisais remarquer à Benoit que dans mon enfance (nous étions 7 enfants) maman nous faisait des tartes seulement 1 fois par mois et qu'à cette occasion on ne mangeait que du dessert. Les tartes étaient dévorées au fur et à mesure qu'elles sortaient du fourneau. Gavés jusqu'aux dents, notre glycémie prenait tout le mois pour redevenir normale. Mais si un p'tit creux apparaissait sournoisement, le pot de sirop noir trônait toujours au milieu de la table. Dans les faits, seule notre mère, Simone Noël, en mangeait. 

C'est alors que nous nous faisions un dessert improvisé: nous trempions une tranche de pain dans du lait à 40% de crème (il venait directement de la vache de notre grand-père) et nous tartinions le tout avec une épaisse couche de sucre ou de cassonade. C'était une merveille pour nos gosiers voraces. 

Benoit m'indique alors que chez eux aussi ils étaient pauvres et que seul le père avait droit au sirop d'érable. Les yeux plus grands que d'ordinaire, nous regardions notre père se prendre du sirop d'érable, essuyer avec ses doigts le goulot du contenant et, pour mettre fin à notre supplice, le déposer tout de suite dans l'armoire interdite. 

Quand le souper prenait fin et que le père faisait son p'tit roupillon, nous nous rendions au panneau d'armoire où reposait le sirop et moi le premier (j'étais plus grand que les autres) je léchais la poignée du panneau d'armoire que les doigts du père aient peut-être sucrés un peu. On parle ici de nanos particules de sirop. Le pire pour les suivants c'est que la poignée de l'armoire était faite d'un fuseau de fil en bois (probablement en érable) maintenu par une vis. Le risque augmentait de se planter une "échappe" sur la langue. 

J'étais plié en deux devant cette narration totalement déjantée. Benoit, lui, avait tout compté ça sans esquisser le moindre sourire. Est-ce que j'ai cru ce pince sans rire inénarrable?  Il y a sans doute un fond de vrai mais je crois qu'il a poussé le bouchon un peu fort, surtout qu'il en a rajouté une couche. Mais restons sur notre appétit, je garde la suite comme dessert pour le mois de septembre. 

Entre temps, passez un été sucré.