Le 14 novembre 2018
Volume 36, Numéro 9
Opinion

Chance au coureur

Maintenant que les élections provinciales sont dernières nous pour les quatre prochaines années, je vais me permettre de parler un tantinet de politique. Non pas de partisanerie puisque La Vie D'ici comme moi-même sommes apolitiques, mais de quelques enjeux qui à mon sens auraient dû être abordés davantage ou différemment au courant de la campagne. 

J'en ai déjà parlé dans nos pages, mais le discours politique accuse un important retard lorsqu'il s'agit de traiter des enjeux liés au web. Lorsque le sujet a atterri sur la table durant la campagne, les candidats se sont essentiellement limités à promettre de connecter les coins de pays qui n'ont pas encore accès aux services Internet. Ce qui permettra essentiellement à des compagnies qui jonglent avec des milliards de profit de gagner quelques clients tout en étant subventionnées par les taxes et impôts de ces nouveaux clients. 

Le problème est plutôt que le web demeure un Far West fiscal. Une situation qui nuit à tout le monde sauf à quelques multinationales de la Silicon Valley.  

Nos entreprises locales doivent se battre contre des sites web qui permettent aux particuliers de monter de petits commerces plus au moins légaux sans payer la moindre redevance gouvernementale. À une époque où la réfection des établissements scolaires coûtera des milliards à l'état, il serait temps que nos gouvernements sortent de leur inertie. 

Et ce sans parler du temps considérable que nous passons sur les réseaux sociaux à parcourir notre fil d'actualité en gobant au passage les opinions de monsieur et madame Tout-le-Monde, des fausses nouvelles et parfois des vraies, lorsque le titre et la photo de couverture sont assez intéressants. 

Il faut au plus vite considérer ces réseaux sociaux comme un service de communication et imposer aux Facebook de ce monde des normes et règlementations plus contraignantes que celles auxquelles l'entreprise veut bien se soumettre actuellement. 

Peut-être en surprendrai-je quelques-uns en disant que moi aussi j'estime qu'il y a un problème avec l'immigration. Non pas au niveau du nombre de personnes accueillies qui n'est au fond qu'un détail administratif: si le financement des services (quoi qu'il soit pour le moment insuffisant) suit le nombre d'arrivants au prorata, l'impact d'une immigration plus importante sera virtuellement invisible. Notre processus d'immigration est long, fastidieux et contrai-gnant, mais très peu de travail se fait en amont, particulièrement quant à la reconnaissance de la formation des candidats à l'immigration. Si le niveau de scolarité pèse dans la balance lors de l'étude des dossiers, cette scolarité n'a dans les faits aucune valeur en sol canadien ou québécois. 

Il s'agit d'un travail de longue haleine qui doit être fait entre les deux paliers de gouvernement. Des formations sont déjà reconnues en France, mais -à ma connaissance- aucun établissement scolaire maghrébin ne bénéficie de cette reconnaissance. Pourtant les Algériens et Marocains représentent une part considérable des nouveaux arrivants que nous accueillons. En calculant les subventions accordées aux universités et le financement des Cégeps, l'obtention d'un diplôme demeure une dépense couteuse pour le gouvernement québécois. Autant reconnaître les acquis et réinvestir en francisation. 

Le Québec, qui peut se vanter d'être l'une des régions du monde où l'énergie utilisée est la plus propre, vit un statu quo depuis des décennies quant à sa transition énergétique. Inutile de s'ouvrir les yeux bien larges pour voir qu'on est sur le point de pouvoir complètement électrifier nos transports. Plusieurs choses se sont dites à ce propos au courant de la campagne, mais aucun plan sérieux pour rendre plus accessible la voiture hybride et électrique n'a été proposé. Jusqu'à présent, il faut débourser de 5 000 $ à  10 000 $ de plus pour une voiture électrique ou hybride. Il y a à mon sens davantage urgence à augmenter les subventions gouvernementales pour en encourager l'achat que de financer le transport en commun. Même si de nombreuses études prouvent que le transport automobile, même électrifié, devra éventuellement être abandonné pour une foule de raisons environnementales, peu de solutions s'offrent pour instaurer des systèmes de transport en commun dans les régions moins densément peuplées, comme ici à Saguenay. 

Et rappelons-nous que tout l'argent qui sort de la province pour l'achat de pétrole pourrait rester dans notre économie en roulant à l'hydro-électricité. 

Le conseil des ministres venant tout juste d'être nommé, laissons tout de même une chance aux coureurs.