Le 25 mars 2019
Volume 37, Numéro 3
Opinion

La honte

Pour une des première fois de son histoire, le Canada soutient ouvertement la dissidence dans un pays étranger. La politique internationale canadienne en ce qui a trait à la gestion de crise au Venezuela est inédite à bien des égards, et vertement critiqué par plusieurs groupes. Certains y voient de l'impérialisme et d'autres le déblocage d'un processus démocratique. Il y a probablement un peu des deux dans les actions entreprises par le ministère des Affaires internationales... 

Pour revenir quelques semaines en arrière, je fais référence à la déclaration de soutien du groupe de Lima, le Canada en tête, au président ''autoproclamé'' Juan Gaido au début du mois de février. Ce groupe a été mis sur pied en 2017 pour orchestrer une transition politique au Venezuela et regroupe plusieurs poids lourds américains dont le Mexique et le Canada. Le président du Mexique Andrés Manuel Lopez Obrador s'étant rangé derrière son homologue Nicolas Maduro, c'est le premier ministre Justin Trudeau qui s'est prononcé pour demander aux forces armées vénézuéliennes de soutenir Juan Gaido. 

Chronique d'une crise annoncée 

Évidemment le Canada et le groupe de Lima n'en sont pas arrivés à cette conclusion sans raison. La crise du Venezuela est réelle et complexe. Une brève rétrospective s'impose. Le président numéro 1, l'officiel, c'est Nicolas Maduro. Certainement pas un saint. Héritier d'Hugo Chavez, semi-président et semi-dictateur qui savait flatter la fierté nationale de ses concitoyens, Maduro était son dauphin depuis quelques années à sa mort en 2013. L'un des problèmes de Maduro, c'est qu'il n'a de légitimité seulement en tant qu'héritier de son mentor dont l'esprit demeure particulièrement présent dans le discours politique. 

On l'accuse souvent d'être un dirigeant autoritaire, ce qui n'est pas faux en soi. Plusieurs opposants politiques ont été emprisonnés au fil des ans, une façon de désorganiser l'opposition. Le pouvoir en place accuse souvent l'opposition d'être financée par l'Occident. Une accusation facile à poser et difficile à prouver, mais qui cache fort probablement un fond de vérité. Plusieurs intérêts étrangers (compagnies, gouvernements, lobbys, etc.) jouent encore à la guerre froide au Venezuela. Gaido lui-même était ''soutenu'' depuis plusieurs mois avant la déclaration du groupe de Lima. 

Jeter des gens en prison pour leurs opinions politiques est inacceptable peu importe le pays. Par contre, certains amis du Canada, l'Arabie Saoudite pour ne pas la nommer, est de loin pire que le Venezuela.  S'il y a des gens dans ce pays pour dénoncer et faire entendre leur voix, c'est qu'une opposition existe et qu'elle est tolérée. 

Juan Gaido est actif sur la scène politique depuis une dizaine d'années. Élu président de l'Assemblée nationale en janvier dernier, lui et son parti ont refusé de reconnaître les résultats de la dernière élection présidentielle qui a donné un second mandat à Nicolas Maduro. L'élection aurait été truquée et sans légitimité selon l'opposition. Le problème est que cette même opposition a boycotté cette élection. Gaido a bel et bien été élu à l'Assemblée nationale, mais aucun Vénézuélien n'a pu voter pour lui comme président du pays. 

Chaos économique 

Le pays est aujourd'hui plongé dans le chaos en raison de la baisse du prix du pétrole. Si le pays est riche de l'une des plus importantes réserves de pétrole au monde (supérieure à l'Arabie Saoudite selon certaines évaluations) les coûts d'exploitation au Venezuela sont supérieurs au prix de vente. Et selon les informations sommaires que Chavez a bien voulu dévoiler, l'or noir représentait entre 80 et 90% de l'activité économique. Pour faire simple, presque que toute l'économie du Venezuela n'a plus aucune valeur depuis la baisse du prix du baril. 

Comme le Canada ou l'Algérie qui en subissent les contrecoups, le Venezuela ne pouvait prévoir les fluctuations du marché. Par contre, l'industrie pétrolière a été gérée dans les dernières années, passez-moi l'expression, en cabochons. 

C'est une compagnie nationale qui s'occupe de l'exploitation du pétrole au Venezuela. Une sorte d'état dans l'état. Dans les dernières années du régime Chavez, plusieurs hauts-fonctionnaires en place pour leur savoir-faire dans cette industrie ont été remplacés par des proches du régime. Les investissements et l'entretien de la machinerie nécessaire sont stoppés depuis des années, ce qui a contribué à faire grimper les coûts d'exploitation et le régime Maduro aurait vraisemblablement subtilisé les maigres profits pour se maintenir au pouvoir. 

Parallèlement, Nicolas Maduro aurait également ''donné du lousse'' à l'armée pour garder son soutien. Elle serait impliquée dans divers trafics plus au moins légaux tout en bénéficiant d'un généreux financement étatique.  

Vous aurez compris que je n'ai pas une grande place dans mon coeur pour Nicolas Maduro, mais ma crainte est toute autre. Depuis le milieu des années 90, soit la chute de l'URSS, le Venezuela a été d'une grande aide pour certains pays comme Cuba. Ces deux pays socialistes ont réalisé des échanges qui auraient été impossibles dans une logique capitaliste; l'éducation contre du pétrole. La chute du socialisme au Venezuela serait une catastrophe pour les Cubains qui en souffriraient grandement. Idem pour la Bolivie qui cultive elle aussi des relations fructueuses avec le Venezuela.