Le 21 juillet 2019
Volume 37, Numéro 6
Opinion

Payer son dû

La semaine dernière, j'ai trouvé un morceau de jambon, un vrai de vrai, à 12,99$ à peine quelques jours avant Pâques. Je peux vous dire qu'à quatre dans le même appartement et dans le même frigo (ça pourrait être une chronique un peu plus tard ça aussi), j'étais bien content. 

Je ne suis pas le genre de consommateur qui court après les spéciaux. Je ne cuisine jamais les mêmes plats et donc au final je ne suis pas trop affecté par la fluctuation des prix, mais comme tout le monde, je souhaite que ma facture ne soit pas trop élevée. Mon père a toujours fait l'épicerie de la même façon également et je crois fermement que faire la tournée des épiceries le jeudi soir n'est pas la meilleure façon d'éloigner le stress de notre quotidien.  

Culture du rabais

On a beau le répéter qu'acheter c'est voter, les consommateurs sont à l'épicerie aussi individualistes que dans l'isoloir. 

Mon jambon en spécial, il n'était pas du Québec. Et si je me permet d'en faire une chronique c'est parce que ne je l'ai pas acheté. 

Le jambon n'est pas ce qui a de plus sain pour la santé, mais le premier en rabais était particulièrement riche en ajout de produits pas catholiques.

 L'avantage avec ces produits transformés, c'est que quiconque prend quelques secondes pour lire les ingrédients peut avoir une idée du produit qu'il tient entre les mains.

Ou ça se complique, c'est pour les produits non-transformés comme les fruits, les légumes ou de la viande crue. 

Pour sauver quelques sous, nous avons revu complètement notre définition des aliments. Prenons pour exemple les tomates en boîtes. Plusieurs marques populaires, même si elles inscrivent «fabriqué en Italie» utilisent des tomates provenant de l'Asie qui sont par la suite cuites et mises en conserve en Europe. Un article paru dans le quotidien Le Devoir l'été dernier présentait ces tomates asiatiques comme étant «aussi semblables à une vraie tomate qu'une poire est semblable à une pomme». 

Difficile de l'accepter puisque nous avons tous pour la plupart été élevés en nous disant de manger «des bons fruits et des bons légumes », mais une partie importante de ce qu'on nous propose à l'épicerie est bel et bien de la cochonnerie. 

Ce n'est pas possible qu'un produit provenant du Pérou vendu à l'épicerie à Arvida soit normal. Point barre. 

Cheap

La majorité des gens en Amérique du Nord mange à leur faim. Contrairement à nos arrière-grands-parents (ou nos grands-parents et parents pour les plus vieux), nous ne consacrons qu'une petite part de nos revenus à notre alimentation et c'est tant mieux. La facture d'épicerie a beau être salée, ce n'est en rien comparaison de travailler à temps plein sur une ferme pour seulement survenir à ses besoins en nourriture. 

Mais au final, la qualité de notre alimentation a diminué. 

Resserrer nos critères serait évidemment bénéfique pour notre santé mais aussi pour l'économie. Des dizaines, des centaines d'emplois n'existent pas parce que le consommateur moyen accepte de manger une carotte qui n'en n'est pas une ou de monter à bord d'un taxi conduit pour quelqu'un qui propose ses services pour avoir un peu d'argent on the side. On perd des vrais métiers, des domaines complets qui s'éteignent, qui sont partis à l'étranger et qui vont continuer à s'envoler tant et aussi longtemps que nous ne changeons pas nos habitudes de consommation. 

Que ce soit en alimentation, en biens ou en services, la classe moyenne n'a pas réellement gagné, ou alors que très peu, en pouvoir d'achat. 

La différence, c'est que l'industrie fait preuve d'une ingéniosité sans limite pour nous proposer du bas de gamme toujours plus "cheap".