Le 24 October 2020
Volume 38, Numéro 8
Des nouvelles de la Basse-Côte-Nord
Opinion

Des nouvelles de la Basse-Côte-Nord

Il y a un mois, lorsque mes proches me demandaient vers quelle destination je faisais mes bagages, je leur disais que je m'en allais vers la lune. 

Pas de route et pas de voiture en hiver. 

Pas de centre d'achats. 

Pas d'internet haute-vitesse, ni de cellulaire. 

Et pas de pleins d'autres affaires qui font partie de notre quotidien dans le «sud» du Québec. 

Question de changer d'air, de trouver un emploi à temps plein et d'affronter de nouveaux défis, j'ai accepté un poste de journaliste en Basse-Côte-Nord. Plus précisément à Tête-à-la-Baleine, la seule commu-nauté francophone du coin. 

Cent habitants et autant de ski-doo, une petite épicerie qui reçoit ses stocks par avion, un bureau de poste et une radio communautaire et c'est pas mal tout. 

Un lundi à la mi-janvier j'apprends que j'ai obtenu le poste. Seul hic, il ne reste qu'un seul départ de bateau avant que la région soit totalement enclavée jusqu'au printemps. En calculant le temps pour s'y rendre, soit une vingtaine d'heures de voiture, nous avions donc six jours pour nous préparer et, là-dessus, j'avais à compléter un contrat qui me demande deux jours à temps plein. 

Quand je dis nous, c'est que ma copine a suivi, malgré le défi que cela représentait de se préparer si vite. 

C'est que sur place, j'ignorais totalement ce que nous allions pouvoir nous procurer. J'ai donc rempli la voiture bien plus qu'à pleine capacité. Un matelas et un grand sac de vêtements sur le toit et des kilos et des kilos de marchandises dans la voiture. Ce n'est pas pour faire de la publicité pour Toyota, mais une Yaris c'est très spacieux! 

Par contre, la suspension a moins aimé le voyage. Un bon 12 centimètres plus bas que normal, disons qu'elle a plus au moins apprécié la route hallucinante entre Tadoussac et Sept-îles. 

Finalement, on trouve de tout ici, mais pas tous les jours! Et d'ailleurs l'auto ne sert à rien. Les routes n'étant pas déneigées en hiver, j'ai dû creuser une tranchée sur une dizaine de mètres pour approcher la voiture près de l'appartement. Elle attend patiemment le printemps depuis. J'étais un peu froid à l'idée, mais les "locaux" stationnent simplement leur voiture en bordure de la route menant au port. Avec les grands vents constants, la neige ne peut pas s'y accumuler. 

Alors qu'on aime bien faire nos trucs sans l'aide des autres, ici, on se retrouve comme des immigrants tout juste débarqués d'un pays lointain. À pied sans motoneige, impossible d'aller très loin. Pour sortir du village, il faut que quelqu'un ait l'amabilité de nous inviter. 

Facile de différencier les natifs des étranges ici, nous sommes les seuls à nous déplacer à pied. 

Et ce n'est pas tout de vivre ici, il faut aussi y travailler! Former en presse écrite, c'est tout un saut de faire de la radio. Si l'essentiel du métier de journaliste demeure le même d'un endroit ou d'un média à un autre, c'est toute une autre histoire d'entendre sa voix dans les haut-parleurs. Plutôt que de soigner sa plume, il faut moduler sa voix. Et pour cela, il faut s'écouter et se réécouter jusqu'à en être écœuré. 

Si au Sag-Lac les communautés s'efforcent de garder leur identité, ici on se bat pour rester ouvert. À cent habitants au moins, la plupart grisonnant depuis quelque temps, la menace de disparaître est réelle. Aylmer Sound, une ancienne communauté voisine, a subi ce sort il y a une dizaine d'années. Petit village de 150 habitants dans les années 60, ils n'étaient plus qu'une vingtaine début 2000. Le gouvernement Couillard est débarqué en leur disant ''Finito'', piastres en main, les maisons ont été achetées et, le village détruit. 

En Basse-Côte-Nord, une bonne partie des locaux croient que la route pourrait freiner cette situation. Mais rien n'est sûr. Ce sera assurément un dossier qui m'occupera beaucoup. 

Au travers de tout ça, Shipshaw et le Saguenay gardent toujours une grande place dans mon coeur. Si prêt et si loin à la fois. Une sorte de point d'ancrage duquel je me suis éloigné, mais point d'ancrage quand même. 

Je me souviens de mes passages à Saint-Jean-Vianney à l'automne, armé d'un appareil photo pour y capter la mélancolie des lieux ou du lever de soleil aux Terres-Rompues. Une partie de mon âme y est restée et un jour j'irai la récupérer. 

Voilà, c'était vos nouvelles de la Basse-Côte-Nord!