Le 29 October 2020
Volume 38, Numéro 8
Opinion

Silence radio

Ne pas en parler.

De «ça», de l'innommable, de la tempête qui plane depuis la mi-mars. 

C'est la promesse que je me fais chaque jour ou presque. Parce que quand on a rien à dire, vaut mieux se taire. J'ai entendu assez de paroles vides et lu de textes "plates" pour apprécier la valeur du silence. 

Parfois je réussis, souvent j'échoue et j'ajoute ma voix à celle des autres. 

Un jour à la fois, on s'est enfoncé dans la bouette-19, jusqu'à ne plus voir rien d'autre. L'hérésie. 

Lundi 5h 53: il y a seulement le sifflement de la bouilloire qui ne m'en parle pas. Si j'allume la radio, on me présentera une série sans fin de répercussions, des plus concrètes aux plus éloignées. J'aime mieux m'en passer. 

Mon téléphone vibre comme un moteur. Une notification à la fois, on m'apprend que les tuiles du ciel tombent sur notre tête. 

À chaque mauvaise nouvelle, le bruit ambiant monte.  Et le problème avec le bruit, c'est qu'il faut crier pour se faire entendre. 

On a fait une vente de garage avec la démocratie. C'est au printemps qu'on se débarrasse des affaires qui traînent. Le danger n'est pas que le premier ministre et sa garde rapprochée prennent le goût au pouvoir, c'est que le monde prennent le goût à se faire dire quoi faire. 

Parlez-nous sur un ton de mononcle pis envoyer un chèque par la poste, pour le reste vous ferez bien ce que vous voudrez. On n'y tient pas tant que ça à être consulté. 

Je suis pas ben ben vieux mais ça fait presque dix ans que je ne suis pas allé manifester. La dernière fois, les jeunes pensaient changer la société en demandant la gratuité scolaire. 

Finalement ce sont les Baby-boomers qui ont réussi leur dernière révolution. De nous ouvrir les yeux sur la condition que l'on réserve à nos plus faibles dans notre société, au salaire de misère qu'on offre aux «essentiels» en temps normal, à notre dépendance à tout et n'importe quoi. 

Avec leur départ, nous quittera le goût de nous rassembler. L'enfer c'est les autres, disait Sartre. Plus précisément, l'enfer c'est les autres qui toussent, ne se lavent pas les mains et qui s'agitent à moins de deux mètres de distance. 

Pourtant je n'ai jamais eu autant le goût de sortir marcher depuis 2012. En deux mois, on a plongé ma génération dans une crise économique et vider les coffres publics. L'angoisse, c'est aussi l'Après. 

À écrire ça, j'ai l'air d'un pas-fin. D'un pas de cœur. J'ai le goût de poser des questions niaiseuses, d'avoir des réponses. Qu'est-ce qui s'est passé pour qu'on en arrive là, où s'en va-t-on? 

De ne pas avoir le choix, à un moment donné, ça se justifie. De ne pas avoir le choix, jour après jour, pendant deux mois, j'ai de la misère avec ça. 

Si vous voulez connaître nos priorités comme société, allumez votre T.V à 13h. On se le fait dire, pis pas à peu près. 

Durant l'Apocalypse, on ne se plaint pas pour un mal de tête. Tant pis si vous avez d'autres problèmes, vous n'avez qu'à patienter. 

J'ai une pensée pour tous ceux qui ne sont pas malades, qui n'ont pas perdu leur emploi et qui stressent. 

La pandémie m'a donné la chance d'en sortir immunisé. C'est un dommage collatéral d'avoir été crucifié cent fois. Oiseau de malheur que je suis comme journaliste. Immunisé des courants de pensées, de la critique et avec le goût de m'exprimer. 

Le monde a eu et continue d'avoir peur d'avoir peur. «Les gens sont assez stressés, ça ne sert à rien d'en ajouter avec vos textes», à tous ceux qui m'ont dit cela dans les dernières semaines, je vous salue chaleureusement....... Avec le doigt du milieu. 

N'empêche, je nous souhaite le meilleur pour les années à venir. De ne plus jamais laisser nos «sages» dans de telles conditions aux mains de mafieux avares, et qu'ils s'en sortent dignement et de repartirent sur des nouvelles bases.