Le 30 September 2020
Volume 38, Numéro 7
Opinion

L'indépendance est dans le champs

Ici tout est calme ce matin, il y a quelques pêcheurs du dimanche qui s'apprêtent à sortir pêcher en ce lundi nuageux. Les canards de mer sont encore tranquilles. 

Difficile d'imaginer ce que ça peut signifier de rester confiner. De ne pas pouvoir sortir de chez soi ou de ne pas circuler à sa guise? Sur la Basse-Côte, il n'y a pas de route et ce n'est pas demain ni l'année prochaine qu'on pourra aller au Costco le dimanche matin. 

Par contre notre chez-nous se compte en millier de kilomètres. 

Loin de l'agitation que je devrais affronter quotidiennement si je travaillais encore dans les Cantons-de-l'est ou au Saguenay, notre exil sur la Lower North Shore (à prononcer avec un accent newfie) nous permet d'avoir un peu plus de recul sur la crise. 

*** 

À la mi-mai on soulignait tout bas le 40e anniversaire du premier référendum, le premier et seul sur la souveraineté-association. Un concept si simple que René Levesque, qui pourtant était un grand vulgarisateur, a dû l'expliquer dans un essai de 116 pages et qu'on a dû poser la question en 115 mots. 

Entre vous et moi, on s'en fout un peu comme de l'an 40, des 40 ans du premier référendum, mais j'ai trouvé intéressant qu'en temps de crise, le thème de la souveraineté redevienne d'actualité.

Essentiellement de deux façons, en ordre chronologique et de puissance des concepts. 

Fin mars début avril, le gouvernement fédéral était plutôt en retard pour imposer des mesures de protection face à la crise grandissante. Et pendant que les cas augmentaient dans le monde, la frustration face à Ottawa suivait la même courbe.

Au même moment, le support au gouvernement Legault a atteint des proportions inespérées pour la CAQ. Le Christ aurait beau revenir sur Terre qu'il ne ferait pas mieux. 

À lire les commentaires sur les réseaux sociaux, forum d'expression par excellence de la décennie, et à prendre le pouls à gauche et à droite, je me disais qu'un troisième référendum aurait passer comme dans du beurre. Pour le meilleur ou pour le pire. 

Mon pressentiment s'est confirmé lorsque j'ai entendu mes amis et connaissances souffler de soulagement après que François Legault ait demandé l'aide des troupes canadiennes et des Rangers pour éviter que le pire soit pire que pire. 

« Vous voyez bien que vous avez besoin du Canada » écrivait une dame impliquée dans le milieu communautaire des Cantons de l'Est. 

À noter que le gouvernement Legault n'a pas adopté un discours plus identitaire ou nationaliste durant la crise et que les partis ouvertement indépendantistes, soit QS et le PQ, n'ont toujours que des appuis faméliques.  

Il n'y a qu'au début de la crise que les gens se sont arrachés le PQ… 

Plus sérieusement, j'ai vu apparaître le mot «souveraineté » vers la mi-avril dans les principaux médias de la province. Il s'agissait et s'agit encore de repenser le concept de souveraineté alimentaire. Après les pulsions et les grands sentiments, on peut espérer à l'heure d'écrire ces lignes, que des propositions structurantes pourraient naître de la crise. 

La souveraineté alimentaire est beaucoup plus complexe que l'indépendance sur papier. Par contre, elle est beaucoup plus populaire. J'ai de la difficulté à imaginer un camp du NON qui militerait en faveur de la dépendance alimentaire.

Il y a des débats intéressants qui tournent en ce moment autour de ce concept de souveraineté alimentaire. 

Est-elle possible? Faut-il rééduquer les consommateurs? Faut-il soutenir les grandes productions ou stimuler l'émergence d'une nouvelle forme d'agriculture? 

Et d'autant plus qu'une partie de la population vient d'apprendre que le Québec n'est plus en mesure de produire sans les travailleurs latino-américains. 

À suivre... 

Les vagues et les canards s'en foutent bien du corona, de mon texte ou de la souveraineté. La seule chose qui les affectent réellement sont les changements climatiques, mais ça c'est un autre dossier. 

Deux de ces individus aviaires viennent de faire leur tour à proximité de mon poste pour me faire comprendre très clairement que je dérange ici.

Je vais donc devoir vous dire « à la prochaine fois".