Le 5 August 2021
Volume 39, Numéro 6
Inauguration du mémorial (4 mai 2021) 50ième de la tragédie de St-Jean-Vianney
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Inauguration du mémorial (4 mai 2021) 50ième de la tragédie de St-Jean-Vianney

De la grandeur des petits pas quand ils font œuvre de mémoire…

Comme l'a si bien dit Katherine Graham du Washington Post en parlant des journaux: «ils ne sont pas parfaits, ils font des erreurs, mais ils sont le brouillon de l'histoire.» Voici donc l'histoire d'un petit village rayé de la carte le 4 mai 1971, suite à une catastrophe naturelle d'une ampleur et d'une cruauté sans nom. 

Mais aussi et surtout l'histoire de la communauté des survivants de St-Jean-Vianney, sur une période de 50 ans, à travers les pages inspirantes d'un petit journal local appelé La Vie d'Ici de Shipshaw. Ce chemin de mémoire et de survivance tracé dans le courage et la générosité porte le titre: St-Jean-Vianney je ne t'ai jamais oublié ... 

À cause des règles strictes imposées par la Santé Publique, mon discours n'a pas été entendu par les personnes concernées, mes amis(es) de St-Jean-Vianney qui s'étaient rendus sur place.  Sylvie Bourgeois a perdu son frère, sa belle-sœur (enceinte de 5 mois) et sa nièce. Elle aurait voulu assister à la cérémonie et pouvoir remettre ses fleurs en même temps que les dignitaires, cela aurait été normal. Sylvie milite depuis plusieurs années un peu comme la plupart d'entre nous, souvent dans l'ombre, mais ce qui compte ce sont les résultats que nous voyons aujourd'hui. Chantale Arseneault (belle-sœur de Sylvie), Marlène Tremblay et Francine Tremblay, membres de la corporation, m'ont soutenue pendant plusieurs mois, merci à vous 3. Merci à Roch Duchesne du club quad, pour nous avoir offert un service d'accompagnement durant la journée du mardi 4 mai 2021. 

Il me semblait donc opportun de publier mon discours dans mon article de ce mois-ci : 

«Bonjour très chers amis de St-Jean-Vianney, survivants, descendants ou sympathisants de ce qui fut, il y a 50 ans aujourd'hui, la fin brutale, catastrophique et irréversible de notre village. Perte d'êtres chers, éclatement de la communauté, déracinement d'un milieu de vie, abandon de tant de rêves furent une onde de choc d'une ampleur inimaginable. Malgré l'impact et l'immense chagrin qui s'en est suivi, nous nous sommes promis de ne jamais oublier d'où nous venions et des temps heureux qui ont bercé nos jeunes années. 

Du monument de 1974, (récemment retouché par son auteur M. Serge Beaumont) à l'imposant mémorial de 2021, un long voyage de survivance et de mémoire a ponctué ces 50 dernières années. 

Vous connaissez tous l'histoire du Petit Poucet qui marque de pierres blanches son parcours dans la forêt pour retrouver son chemin. Nous avons fait de même pour ne pas nous égarer et garder vive la mémoire de ce qu'a été St-Jean-Vianney. 

Aujourd'hui ce chemin de mémoire culmine avec la reconnaissance historique, pour tous les Québécois, d'un événement terrifiant, hors de l'entendement. Ce geste fort et hautement symbolique jette un baume sur nos tristesses et donne à nos modestes efforts une portée extraordinaire. Un grand merci à notre gouvernement pour sa proximité avec son peuple et son sens de l'histoire; un merci très senti à ville Saguenay pour sa générosité et son écoute; enfin un clin d'œil de reconnaissance et d'amitié à Julie Dufour qui, dès la petite enfance, est tombée dans la potion magique du désir ardent de servir notre noble cause. Grand merci à tous et restons fiers de ce qui a si profondément orienté la suite de notre vie. 

Tel fut notre chemin dans le respect et la dignité pour retrouver la paix intérieure, tel fut mon envol «pour rebâtir mon nid ailleurs» et pour ceux qui n'ont pas pu rebâtir leur nid ailleurs, permettez qu'à cette occasion solennelle, je vous présente de façon solennelle les 31 personnes qui sont décédées ici ce 4 mai 1971 : 

Germain Ferland 31 ans (jamais retrouvé), sa conjointe, Carole Fortin 29 ans, Carl Ferland 7 ans (jamais retrouvé), Cathy Ferland 5 ans, (jamais retrouvée) Gina Ferland 1 an ½ (jamais retrouvée), Mme Roger Landry (Yolande Bouchard) 42 ans, Jeannette Landry 21 ans, Hélène Landry 18 ans, Anna Landry 16 ans, Denis Landry 15 ans, (jamais retrouvé), Bruno Landry 14 ans, Mme Montcalm Laforge (Lise Desmeules) 30 ans, (jamais retrouvée), Carl Laforge 7 ans, (jamais retrouvé), Christine Laforge 1 an 1/2,  Éric Laforge 2 mois, (jamais retrouvé), Raymond Soucy 35 ans, et sa conjointe Solange Fortin 34 ans, Rémi Soucy 13 ans, Donald Soucy 11 ans, Marise Soucy 9 ans, (jamais retrouvée), Manon Soucy 4 ans, (jamais retrouvée), Roger Brassard 35 ans et sa conjointe Rosa Lapierre 37 ans, Sylvain Brassard 1 mois, (jamais retrouvé), Gilles Bourgeois 23 ans et sa conjointe, Diane Arseneault 29 ans (elle était enceinte de quelques mois), Annie Bourgeois 1 an 1/2, Pierre Laberge 28 ans et sa conjointe, Marie Deschenes 34 ans, Almas Tremblay 43 ans, Françoise Gagné 23 ans, (jamais retrouvée)». 

Gerbe de fleurs 

Nous avons demandé à "Fleuriste jardin des fleurs» à Jonquière de nous faire une gerbe de fleurs afin de la déposer sur le mémorial au nom de toutes les personnes qui ont vécu cette tragédie. J'ai fait placer le nom des 31 personnes. J'ai mentionné que je ne voulais pas un bouquet mortuaire ; après 50 ans je le voulais joyeux puisque malgré la pandémie, nous avons réussi une étape importante. Vous pouvez remercier Julie Dufour, elle a été à l'écoute pendant toutes ces années. Ça n'a pas toujours été facile mais nous y voilà enfin; notre projet n'est pas terminé mais c'est un remarquable départ. Je vous invite d'ailleurs à visiter les lieux ; vous pourrez alors partager notre fierté. 

Souvenirs 

Quand j'étais enfant, mon père aimait nous amener à son village de St-Antonin où il a passé son enfance ; aujourd'hui sa maison existe encore au même endroit. La mienne à St-Jean-Vianney n'est plus là mais existe encore à Shipshaw. Quand j'ai eu mes deux filles en 1975 et 1977, je me suis fait un devoir de mémoire pour leur raconter mon histoire ; je parcourais les champs avec «les petites», derrière l'emplacement où était ma maison pour ramasser des petites fraises. Je leur parlais de nos voisins : la famille Boily, madame Blandine, le restaurant le Château, le magasin général, le club via et ma petite école primaire de même que les écoles Ste-Marie, St-Jean-Baptiste et Marius Paré et plusieurs autres endroits qui m'étaient chers. J'ai partagé avec elles ma peine pour la perte de mon amie, Jeannette Landry, dans cette tragédie ; cela les a beaucoup marqués. Pour le 50ième de la tragédie de St-Jean-Vianney, ma fille Lisa a composé un petit clin d'œil pour moi et c'est un plaisir de partager ce magnifique texte bien senti. Merci Lisa ! 

«Il y a de cela 50 ans, ma mère perdait son village. J'ai longtemps pensé que cette épreuve l'avait privée d'une partie de sa vie, mais j'avais tort, elle lui avait plutôt permis de se reconstruire et de devenir une personne exceptionnelle. On n'élimine pas le deuil d'une amie, d'un milieu de vie, d'une petite bourgade débordante de promesses, comme si le passé était un simple ruban cassette. Il n'y a rien à effacer, car il faut conserver précieusement la trace d'un bonheur perdu. Peut-être cognera-t-il un jour à la porte, par surprise, en espérant qu'on le reconnaisse. Lorsque j'étais jeune, j'ai appris ce qu'était la résilience. Pourtant je ne possédais pas cette immense qualité, je la voyais seulement dans les yeux de ma mère. Parfois, le fardeau devient si lourd que l'espérance vient donner son appui à celui qui porte la charge du malheur afin que la vie puisse reprendre son cours. Enfant, lorsque j'allais à St-Jean-Vianney, je me souviens d'avoir visité l'endroit où habitait ma mère. Je revois le solage de la maison de mes grands-parents. C'est sur ce vestige du passé, cette dalle de béton que ma mère a grandi. J'aimais y aller et imaginer ma grand-mère Rachelle cuisiner, pour ses enfants. Nous allions ramasser des petites fraises aux abords du terrain de la famille. Comme si, malgré la mort, la vie ne cessait de signaler sa présence. Je suis peut-être trop sensible à cet espace acculturé, dépourvu de mission, déshydraté d'amour. J'ai toujours eu le sentiment d'y être invitée sans ne jamais croiser les propriétaires. Dans mon enfance, j'étais convaincue que le mot «sinistre» ne pouvait qualifier que cet événement. Que reste-t-il des éclats de rire, des petites rivalités et de cette bienveillance qui a toujours fait partie des gens de St-Jean-Vianney? Il reste la mémoire, celle que chacun d'entre nous pouvons perpétuer de génération en génération afin de rendre à dame nature, la monnaie de sa pièce». 

Tu fais ma journée mon bel amour, oui je me souviens de vous avoir amenés toi et Annie, je me souviens aussi que vous cherchiez des objets sur la pelouse et quand vous trouviez vous disiez avec votre petite voix d'enfant "maman est-ce que c'était à toi quand tu étais petite?" De magnifiques souvenirs malgré l'espace vide de l'emplacement de notre maison. Maman m'a fait souvent la surprise de sentir encore les petites fraises. Merci Lisa de ces beaux souvenirs xxxxx 

Cher Amour-Lisa, le texte que tu as écrit et publié hier sur St-Jean-Vianney m'a profondément bouleversé par sa qualité littéraire, sa finesse descriptive et la belle sensibilité qui le traverse, le transcende. Ce voyage dans le temps à travers tes précieux souvenirs d'enfance est d'abord et avant tout un éloge vibrant et authentique à la personne extraordinaire que tu appelles maman et moi Rolande. La beauté de son engagement, sa force intérieure, son énergie prodigieuse, son amour inconditionnel pour son village natal et pour les gens qui y ont vécu, forcent l'admiration. Une telle générosité, une telle intensité sur une aussi longue période à quelque chose d'héroïque, de fascinant, d'exemplaire. 

Je vois bien que son rayonnement, sa force, sa sensibilité, son courage nous ont tous transformés et amenés à une qualité d'être qu'il nous aurait été impossible d'imaginer. Merci Lisa de m'amener ailleurs au fond de moi. Ton papa.xx 

Un beau texte de reconnaissance par Valérie Martel, fille de Pauline Gravel et Pierre Martel, un de mes héros qui a sauvé plusieurs personnes qui étaient couchées lors de la tragédie de St-Jean-Vianney ; celui-ci était un des travailleurs de l'Alcan qui ont réussi à sortir de l'autobus qui était entrain de s'enliser dans la boue. 

«Très bel hommage, Lisa! On voit bien à quel point vos parents vous ont transmis leur amour et les valeurs humaines! Ils ont cultivé deux magnifiques filles et j'ignore combien de petits enfants mais nul doute qu'ils ont transmis le meilleur!!! Affection à toute votre grande et belle famille. Dit un «Bonjour!» très chaleureux de ma part à tes parents! Ils ont eu une place importante dans ma vie... et leur rayonnement se fait encore sentir de Montmagny, à Matane, de Montréal jusqu'à la Côte-du-Sud! J'entends parler d'eux et de leurs actions. Fondateurs du premier journal communautaire! Ce n'est pas rien! Savais-tu que les spécialistes qui ont sécurisé le terrain, il y a 50 ans, étaient originaires de Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud? Il y a des photos inédites qui dorment ici oubliées de tous! 

Nos parents sont des héros méconnus et toute la communauté de St-Jean-Vianney également! Nous, la deuxième génération avons le Devoir de les inviter à faire vivre leur mémoire en transmettant cette partie de l'histoire québécoise. 

Comme vous pouvez le constater, si on ne publie pas quelque chose, leurs souvenirs s'éteindront avec eux! Bon anniversaire du courage méconnu de St-Jean-Vianney à tous!» Valérie Martel 

Messages reçus pour la revue du 50ième ou pour le travail accompli depuis des années 

«Un gros merci pour l'édition spéciale que tu m'as donnée hier.  Elle est sur le coin de ma table et je ne cesse de la consulter; c'est rempli de beaux souvenirs, très petits pour moi, si l'on compare à ceux et celles qui ont vécu les moments difficiles du 4 mai.  Si l'édition de la Société historique du Saguenay se veut plus scientifique, l'édition que tu m'as donnée la complète avec son humanité.  Merci encore!!!» Marlène Tremblay 

«Ma mère a eu son journal et elle fait dire merci. Elle l'a trouvé intéressant et va le passer aux autres. Merci encore».

Micheline Gauthier 

«Félicitations je sais que c'est beaucoup d'ouvrage en recherches et plus encore! Tu es très gentille de penser à moi, c'est apprécié».

Lina Claveau 

«Rolande et Denys, je suis vraiment fière et heureuse de vous avoir non seulement comme équipiers pour le journal mais surtout de ce que vous représentez comme êtres humains. Vous avez un cœur d'or, une disponibilité sans pareille, une facilité d'écriture, une amitié solide, un amour des autres indéfectible. Votre revue pour les 50 ans de mémoire est un travail extraordinaire que vous avez réussi avec brio. Quel beau souvenir pour tous ceux et celles qui ont vécu ce drame et quelle belle façon d'honorer les vies perdues. Cette revue aidera les jeunes à connaître l'histoire de St-Jean Vianney et des gens qui y ont vécu, à se rappeler le drame de ce beau village de chez nous. Bravo encore pour ce travail titanesque et extraordinaire!»

Micheline Compartino 

«Quel document exceptionnel pour se rappeler cet événement que nos pères et nos mères décédé(es) ont vécu. En tant que maire de la reconstruction de la relocalisation à Shipshaw je suis heureux de ce que les gens vivent maintenant, car c'est le résultat sans contredit de la construction d'une École, de la construction d'un centre communautaire et l'appartenance commune à un milieu qui a maintenant son empreinte unique vers l'avenir». Très cordialement Jean-Claude Lavoie, ex-maire des années de la reconstruction et membre fondateur du journal La Vie d'Ici. 

«Bonjour Rolande ... j'ai lu avec plaisir la publication pour les 50 ans de notre village. Félicitations c'est un beau travail. Comme tu m'as dit: une copie par famille, je ferai à mon tour la livraison à mes frères et sœurs.  Au plaisir d'une prochaine rencontre».

Martine Tremblay 

«Je viens de lire la revue. Magnifique et quel beau travail! Que de patience et de recherche. Toutes mes félicitations et un gros merci, je l'apprécie beaucoup surtout que tu m'en as donné une pour Nancy. Sur ce, je te souhaite une bonne journée !» Ginette Chavarie 

«Je viens de finir de lire cette magnifique œuvre; je l'ai lue avec les yeux du cœur, fébrile et enthousiaste. Encore MERCI à toi Rolande pour ton acharnement à tenir en vie ces instants si proches de nos pensées qui restent enfouis dans nos corps».

Marlène Girard 

«Rolande, j'espère que tu as senti qu'il y avait bien des gens avec toi, particulièrement aujourd'hui. Merci beaucoup pour cette représentation toujours constante et d'envergure, que tu as su mener depuis cette tragédie. Ma plus profonde reconnaissance, ainsi qu'à tous ceux qui t'ont épaulée pendant toutes ces années. Merci ! merci ! du fond du cœur».

Janine Duchesne 

«MERCIMERCI INFINIMENT POUR VOTRE BEAU TRAVAIL. J'aurais bien aimé être là pour cette magnifique cérémonie. Mon cœur y sera. Je vais y aller cet été ; j'y vais presque à chaque année, c'est mon pèlerinage à moi».

Paula Bourgeois 

«La rue Saint Georges était ma rue à l'adresse 69. Bravo à toi Rolande, tu nous représentes et ce avec honneur. Merci à tous ceux qui n'ont pas ménagé leurs efforts et ce depuis des jours et des nuits. Nous passerons une merveilleuse journée xxx Vive Saint-Jean-Vianney et ses villageois. Merci».

Lynda Tremblay 

«Excellent travail, on va te suivre et t'appuyer». Claude Tremblay 

«Le mot qui me vient à l'idée est HÉRITAGE. Nos enfants sont le seul vrai legs que nous fait la vie. Rolande et Denys, vous êtes riches…»

Jacques Gravel 

«Merci de votre affection, de votre attachement, de votre constance, de votre fidélité à la cause de St-Jean-Vianney. Votre zèle et votre bienveillance vous seront rendus… Merci encore».

Marie-Nicole Girard 

«Souvent quand je regarde la TV, je vois des films comme 2012, Apocalypse, et bien d'autres; on y voie des effets spéciaux de destruction mais on oublie parfois que dans la vraie vie des catastrophes arrivent. À St-Jean-Vianney ce n'est pas un film ni un montage, c'est une horreur sans nom qui a touché et touche encore des vies, une communauté détruite, cette histoire ne recevra pas d'Oscar, mais des larmes de souvenir. Il est important de se souvenir de l'histoire des évènements de cette tragédie». Alain Blackburn (employé du centre Multiservice) 

Une région forte et solidaire comme la nôtre se fera toujours un devoir de mémoire envers les victimes de cette tragédie. Nous avons la chance de compter sur des bénévoles dévoués et un réseau bien soudé pour commémorer St-Jean-Vianney et faire en sorte que cet évènement ne tombe jamais dans l'oubli. Merci pour votre travail extraordinaire».

Mario Simard, député fédéral.