Le 20 October 2021
Volume 39, Numéro 8
Opinion

Même le brin d’herbe n’était pas à moi

Si vous cumuler toutes les années d'étude de ceux qui ont passé par la petite école de Sainte-Angèle, vous ne trouverez pas beaucoup de doctorant. Des deuxièmes années, des troisièmes aussi et quelques sixièmes, mais pas beaucoup au-delà. 

C'était dans la fin des années 40 et le début des années 50. Une vingtaine d'années avant le rapport Parent et des millénaires avant les approches plus pédagogiques et les tableaux intelligents branchés sur le Wifi. 

C'était, pour bien des gens au Québec, l'époque de la misère crasse et des coups de règle sur les doigts. 

Mais n'allez pas croire que l'intelligence se calcule en années d'étude. C'est bien connu, le Cégep peut diplômer des analphabètes et l'université des abrutis. L'école de rang aussi, mais comme par magie, elle a aussi réussi à planter des graines de curiosité qui ont servi ces écoliers tout au long de leur vie. 

Ces anciens élèves de la petite école ont aujourd'hui plus de 80 ans. Ils ont connu le pire de ce que la province de Québec avait à offrir en matière d'éducation. Je tenais à leur rendre hommage en ce début d'année scolaire. 

Des gens qui seraient restés dans l'ignorance profonde n'eut été de leur volonté à développer leurs connaissances, sans nécessité pratique, pour le simple bénéfice de mieux comprendre le monde qui nous entoure. 

On peut douter que ce soit la catéchèse et les punitions corporelles qui aient attiser la curiosité des jeunes élèves. J'aurais aimé au passage souligner le travail des institutrices et des confessions religieuses qui se sont chargés de l'éducation avant l'état québécois. Je n'ai malheureusement jamais entendu de commentaires positifs en ce sens de mes proches. 

Le miracle s'opère au tournant d'une conversation. La connaissance de ces anciens sur des enjeux actuels est toujours frappante. Surtout lorsqu'on pense aux générations suivantes, la mienne incluse, qui peinent à profiter des avantages de la technologie et du confort matériel pour entretenir des connaissances approfondies et variées. 

Pour parler pour ma paroisse, l'information publique et gratuite fait un excellent travail d'éducation populaire remarquable pour les curieux. À l'heure des forfaits internet dispendieux et de la lente disparition de la télévision, il y aura une réflexion à faire sur le sujet. 

Sachant aujourd'hui que la curiosité et la volonté d'apprendre sont des vecteurs de réussite scolaire, il y a fort à parier que ces intellectuels de l'école de rang aurait pu poursuivre de plus hautes études n'eut été de la nécessité d'aller gagner un peu d'argent pour aider la famille. 

Il faut se rappeler qu'à l'époque, pour plusieurs dans le Québec rural, les quelques sous nécessaires pour acheter crayons et cahiers étaient virtuellement impossibles à obtenir. 

« Même le brin d'herbe n'était pas à moi » se rappelait mon grand-père qui est en grande partie à l'origine de cette chronique. 

Avoir toujours parmi nous ces ainés qui ont connu ces écoles froides avec les chiottes à l'extérieur nous permet de constater le bond prodigieux qu'a fait la société québécoise en matière d'éducation. 

Les ressources étant aujourd'hui disponibles, le défi de la décennie sera de comprendre pourquoi nos systèmes d'éducation au Québec et un peu partout en Occident plafonnent sur le plan de la diplomation collégiale et universitaire.