Le 20 October 2021
Volume 39, Numéro 8
Saviez-vous Que...

Il est possible que l’impossible se réalise de temps à autre

Voici une histoire hors du commun, à priori totalement invraisemblable. On la dirait tout droit sortie des contes à dormir debout ou des aventures du Capitaine Bonhomme. 

À la mi-août (non il ne s'agit pas d'anecdote de chat), les parents de Dave Bolduc ayant vendu leur maison à Rimouski, invite leur fils à venir récupérer des meubles qu'ils ne désirent pas déménager à Lévis, dans leur nouvelle résidence. Dave qui avait accepté l'offre, monte donc à Rimouski avec Lisa et 2 de leurs 3 enfants dans la même voiture. Il s'agit d'un périple de 518 kilomètres sur 5 heures. Rendus chez ses parents, Dave passe chez U-Haul récupérer le camion cube de déménagement qu'il avait réservé. Ce type de camions a parfois des parcours singuliers; le dernier utilisateur venait de l'Arizona aux États-Unis. Mais qu'importe. 

Partis très tôt du Saguenay, nos valeureux déménageurs trimèrent solide pour emplir la boîte de 17 pieds du camion. Quand tout fut embarqué (meubles-frigo etc.), le convoi se mit en branle; d'abord le camion conduit par Dave, accompagné de Marie-Charlotte (14 ans) suivi par la voiture de son épouse et leur fils Xavier (16 ans); ceux-ci roulèrent sur l'autoroute 20 en direction ouest, ce qui semblait une affaire de rien pour notre chauffeur qui a tant de fois fait le trajet. Marie-Charlotte tenait la conversation et trouvait toutes sortes d'astuces pour garder son père éveillé. En effet il s'était levé très tôt le matin et la route est longue. 

À un moment donné, rendus à la hauteur du Cap St-Ignace, Marie sursaute et dit à son père, très concentré sur la route, qu'un gros serpent lui montait entre les jambes, sous le volant. Dave, sur le moment crut d'abord que Marie-Charlotte ne savait plus quelle sornette lui lancer. Tout en gardant un œil sur le trafic, Dave baissa quand même un peu le regard et vit la tête d'un gros serpent de 3 pouces de gros qui le dévisageait froidement. 

Le sang de notre conducteur du dimanche ne fit qu'un tour. Il garda quand même tête froide comme le serpent d'ailleurs, et se rangea en urgence sur le bas-côté de l'autoroute mais sans à-coup pour ne pas provoquer la bête qui était raide comme une barre. Il demande à voix basse à sa fille de sortir sans mouvement brusque mais tout de suite. Marie-Charlotte, tétanisée de peur, presque liquéfiée, coula dehors sans mot dire. 

Quant à Dave, ignorant totalement de quelle espèce de serpent il s'agissait, venimeux ou constricteur, par réflexe il fit reculer son siège très lentement; retenant son souffre et mort de trouille, il fit pivoter le siège vers la portière et s'extirpa, presque miraculeusement, de cet invraisemblable et totalement insensé bourbier. 

Plus mort que vif, ayant bien pris soin de fermer les portes, Dave vit arriver sa conjointe, éberluée, incrédule devant la narration étouffée de Marie-Charlotte qui eut tôt fait de cracher le morceau comme on dit. À voir le visage déconfit et les yeux exorbités de son conjoint, Lisa dut se rendre à l'évidence. Il y avait bien une bestiole pas de rapport dans le cube. La grande question qui turlupinait maintenant tout le monde : comment ça un serpent de cette taille au Québec? 

Deuxième interrogation : qu'est-ce qu'on fait maintenant? 

Après avoir photographié la bestiole à travers la fenêtre, on crut comprendre qu'il s'agissait d'un python royal, un serpent non venimeux du type qui étrangle plutôt sa proie (souris musaraigne). Lisa contacta le service de la faune pour obtenir une aide nécessaire. Évidemment le répondant crut d'abord qu'il s'agissait d'une blague. Un python dans un camion ici? Totalement loufoque, insensé! Lisa devant le scepticisme de son interlocuteur lui fit alors parvenir une photo très révélatrice. Une grosse heure s'écoula avant que ne débarque le service de faune qui semblait toujours incrédule. On prit donc en charge la récupération du python royal qui avait royalement fait suer la famille. Xavier, qui est muni d'un flegme du type «british» et qui ne s'était pas encore exprimé lança à son père : «P'pa t'avais juste à demander à Marie de dire les paroles de Guy A. Lepage : «Manon, pèse su'l python.» Dave dont le visage n'avait pas encore décrispé tenta un sourire qui se figea; ça lui faisait mal. Après cette pause bien involontaire, Lisa fit marcher ses doigts et cliquant «python royal», elle découvrit que ce type de serpent fait environ 1 mètre de long par 8 cm de large et qu'il est parfois gardé comme animal de compagnie. Marie-Charlotte, encore sur l'adrénaline, propose l'explication suivante : «si c'est un animal de compagnie, c'est normal qu'il ait choisi papa puisqu'il travaille chez Rio Tinto.» 

Lisa :  «C'est quoi le rapport?»                                                                                            

Marie: «Papa c'est un homme de compagnie lui aussi.»

Lisa:   «Bon assez de niaiseries, on se croirait dans un Saviez-vous que…?   «Enwoie» à maison!» 

Morale de cette histoire :  au volant, si vous vous trompez de piton, évitez de perdre les pédales.