Le 26 May 2022
Volume 40, Numéro 5
Opinion

La chienne (avoir la)

Voilà des mois que je tourne autour du pot. Que j'envoie à mes collègues de La Vie d'Ici le deuxième texte car le premier que je prépare est toujours trop déprimant. 

Pas de mensonges aujourd'hui, pas de métaphores ni d'exercice de style. Si vous me lisez le matin, allez vous faire un bon café noir; si c'est en soirée, une tisane bien chaude. On va ensemble sauter dans le trou de ce que j'ai sur le coeur pour en ressortir l'esprit plus léger. 

Soyons clair, aussi catastrophique que ce qui suit puisse sembler, je vis plutôt bien avec cela. 

Mais voilà, le futur me fait très peur. Pas peur comme dans ''je crains qu'il ne soit pas aussi radieux que dans les publicités d'assurance'', mais comme dans ''je crains que le ciel nous tombe sur la tête bientôt''. 

La pandémie mondiale de Covid-19? Il n'y a rien là! La guerre en Ukraine et la menace d'une guerre nucléaire? Ça passe encore. Et après? Il me semble invraisemblable de croire que le monde qui nous attend tous, peu importe notre âge, pourrait être mieux que le présent.  

C'est là tout le problème. Le manque d'espoir. 

Depuis déjà un bon moment, le choix de ne pas avoir d'enfants se renforce tranquillement dans mon esprit. Après une pandémie, un remake  de la guerre froide (avec les mêmes acteurs d'ailleurs, Biden et Poutine étant visiblement d'une autre époque), imaginez de quoi aura l'air le monde dans 50, 60 ou 70 ans? 

Jusqu'à ce point, c'est gérable. Avoir peur du futur lointain, ça se digère, mais depuis quelque temps, c'est le futur proche qui m'inquiète. 

N'allez pas chercher votre Bescherelle pour la définition du futur proche, je vous donne un exemple concret.

Il y a quelques semaines à peine, je devais me réinscrire à l'université. Heureusement que la vie n'est pas une partie de baseball, car j'ai déjà essayé à quelques reprises de retourner à l'école et je rate toujours ma chance pour une raison ou pour une autre. Au baseball, je serais retiré, mais la vie est bien faite et nous disposons de plus de trois prises. 

La dernière fois, c'était différent. 

Pendant des mois, je me suis bâti une routine pour m'apprêter à jumeler travail et études. Je me suis motivé et discipliné, mais j'ai quand même raté mon coup. La date limite est arrivée et je n'ai pas déposé ma demande d'admission. 

Pourquoi? Ça m'a pris un moment pour le comprendre. Je n'arrive pas à me convaincre que le monde ne sera pas complètement bouleversé d'ici à ce que j'obtienne un baccalauréat ou une maîtrise et qu'il est toujours temps de sortir diplômé de l'université et de commencer une seconde carrière intéressante. 

Dans ma tête, il y a deux pensées qui s'opposent, mais difficile de déterminer laquelle est la plus rationnelle. 

Penser que le futur nous réserve des catastrophes ne date pas d'hier. Les gaulois justement craignaient une telle chose, parait-il, que le ciel leur tombe sur la tête. Les Mayas nous avaient prédit la fin du monde en 2012. Donc, aussi terrible l'actualité peut elle nous sembler, il en a toujours été ainsi. 

Il est facile de se laisser convaincre de la normalité des choses, même les plus dramatiques; c'est le réflexe sain, mais peut-être pas le plus logique. 

Ce qui m'a convaincu d'écrire ce texte, ce fut d'apprendre qu'une foule de personnes en Europe se font des réserves d'iode. Une substance vendue en pharmacie qui permet de se protéger du cancer en cas d'exposition aux radiations, disons dans un contexte d'une guerre nucléaire. 

Petit aparté, je ne crois pas au risque réel d'une guerre nucléaire et si un tel drame devait devenir réalité, ce ne sera pas du cancer qu'il faudra s'inquiéter, mais bien du chaos qu'une telle guerre créerait dans nos sociétés occidentales. 

C'est donc dire que je ne suis pas le seul à craindre que demain ne soit pas aussi ensoleillé qu'il devrait l'être. 

Entre le moment où j'ai commencé ce texte et que j'écris ces présentes lignes, on a appris la présence d'une vague de chaleur sans précédent à la fois en Antarctique et au pôle Nord. Vague de chaleur qui pourrait être un signe de l'accélération des changements climatiques. 

Toutes ces choses m'inquiètent, pour le moindre.  

Je ne suis pas un survivaliste, je ne me prépare pas à la fin du monde. Je ne suis pas obsédé par le pire qui pourrait nous arriver, ni déprimé ou même stressé. Comme je le disais d'entrée de jeu, je vis plutôt bien avec cette inquiétude, mais je trouve cela un peu ennuyeux de devoir vivre au jour le jour sans être en mesure de placer beaucoup d'espoir dans le futur. 

Il y a une foule d'éléments sur lesquels nous avons un contrôle réel. Peu importe les plaies qui menacent de s'abattre, il est toujours possible de construire son bonheur ou de s'enfermer dans son malheur, sans autre intervention que notre propre volonté.  

Voilà, c'est dit! L'abcès est crevé.  

Que la fin du monde n'arrive jamais ou demain, au final ça ne change rien. L'humain est un animal résilient: le plus résilient de tous en réalité. Il y a mille et un sujets à discuter. 

Peu importe les cataclysmes potentiels à venir, ce qui est vraiment important ici, c'est la météo de la semaine prochaine et le Canadien!