Le 18 April 2024
Volume 42, Numéro 5
Mot à Mot

Partager son bonheur

Le 7 février dernier, faisant partie du groupe qui fréquente le Centre Mot à Mot de Shipshaw, j'ai eu le privilège de participer aux Festivités de Jonquière en Neige à la place Nikitoutagan. Chantale, la responsable du Centre, avec sa prévoyance habituelle s'était assurée que toutes les installations pour personnes handicapées étaient en place et qu'aucun problème ne surviendrait, risquant de briser notre bonheur de partager un tel plaisir hivernal. Ma fille Annie, atteinte de la dystrophie musculaire de Steinert se déplace au moyen d'un déambulateur alors nous étions très heureuses de pouvoir être de la partie. Depuis qu'elle est toute petite elle connaît par cœur, comptines, chansonnettes, contes pour enfants. Tout ce qui touche à la musique lui procure les plus grandes joies. Très jeune, elle a appris le ballet, le piano, et a participé à une chorale. Il y a environ 8 ans, nous suivions des cours de danse et allions nous distraire à la salle des Quatre Chemins de Jonquière. Nous préférions les danses en ligne mais Annie aimait danser les valses et autres danses sociales avec un de ses amis et croyez-moi ils ressemblaient à deux professeurs de danse tellement leur façon de danser était élégante. Imaginez son bonheur et les souvenirs qui ont surgis en elle en apprenant que ce sont messieurs André Deschênes et Mario Vézina qui allaient animer cet après-midi de Jonquière en Neige, et que nous allions chanter ! Une des dernières fois où elle avait pu exprimer sa joie de vivre par la danse, c'était sur le son de la voix de M. André Deschesne aux Quatre Chemins.

Je dois souligner l'accueil à la fois chaleureux et personnalisé que nous avons reçu sur les lieux de Nikitoutagan. On nous a dirigés vers un stationnement spécial afin que notre fille puisse se rendre facilement sur les lieux du spectacle avec nous. Et là, d'autres anges nous attendaient, tout se faisait dans un climat d'amour et de douceur.

Messieurs Deschesne et Vézina nous ont comblés par leur animation, leur choix de chansons à la fois varié et dynamique. C'est avec un cœur heureux que nous ajoutions nos voix à cette chorale qui se formait naturellement, en toute simplicité; on aurait dit que tout le monde se connaissait.

Je dois vous dire que ce qui m'a fait le plus chaud au cœur, ce sont les groupes qui étaient présents. D'abord les personnes aînées auxquelles on a fait revivre tant de beaux souvenirs. Est-ce que l'on accorde à ces personnes toute l'importance à laquelle elles ont droit? Ces personnes qui ont pavé pour nous tant de chemins.

Mais ce qui m'a le plus impressionné, c'est la façon dont on a laissé s'exprimer les gens qui ont une différence. On les a laissé chanter, s'amuser, danser. Que de joies sur leurs visages. J'admire leurs accompagnateurs pour cette patience, ce respect qu'ils avaient envers eux.

Un examen de conscience s'impose. Quelle est mon attitude face aux gens différents? Suis-je capable d'engager une conversation avec des personnes handicapées qui ne demandent qu'un bonjour ou un sourire bien souvent? Aussi, est-ce que j'ose ouvrir une porte à une personne aînée? M'arrive-t-il de l'aider à porter ses courses? À lui offrir le bras pour traverser la rue?

Le Seigneur n'a-t-il pas dit, «Ce que vous ferez au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous le ferez».