Le 25 May 2024
Volume 42, Numéro 6
On la surnommait Mamie
Portrait

On la surnommait Mamie

On la surnommait Mamie

Mamie c'est le terme familier par lequel les enfants appellent leur grand-mère.  Cette grand-mère c'est Hélène Dassylva, et elle demeure au Lac Kénogami. 

 En 2021, Hélène a vécu une expérience dont elle se souviendra toujours. L'aluminerie Rio Tinto possède une usine à Fort Dauphin qui emploie 2,000 personnes. Elle a accompagné son conjoint Carol pour un séjour de quatre mois dont le rôle était d'agir comme personne ressource (mentor) dans cette usine. Fort Dauphin c'est une ville située à l'extrême sud de Madagascar. La langue parlée est le malgache, c'est l'une des langues officielles de cet état insulaire.

 Les conditions de vie y sont très difficiles, la population est très pauvre. Malgré la beauté des paysages, le quotidien est rude pour les habitants de cette ville du bout du monde.

 A son arrivée, Hélène avait un projet en tête: pourquoi ne pas donner un peu de son temps pour aider la communauté de Fort Dauphin et peut-être améliorer leur qualité de vie.   Comment et à quel endroit?  Suite à quelques tentatives, grâce à la collaboration de son chauffeur Welly,  Hélène a trouvé l'endroit qu'elle cherchait pour offrir son aide bénévolement, un orphelinat. Il est dirigé par Roseline, une personne âgée de quatre-vingts ans.  Seule, elle accueille soixante-quinze enfants de 3 ans à l'adolescence. Cet orphelinat n'est pas subventionné et il faut déployer beaucoup d'efforts pour survivre dans un contexte de grande pauvreté.

 Dès sa première journée Hélène a été bien accueillie par Roseline.  Roseline une personne très dévouée auprès de ces enfants qu'elle héberge avec une grande générosité et peu de ressources.  Malgré la très grande précarité de cet orphelinat, ces enfants vivent dans de meilleures conditions matérielles que dans leur famille. C'est une réalité difficile avec laquelle ils réussissent à composer au jour le jour. 

 Durant quatre mois, une fois par semaine, Hélène se présentait à l'orphelinat pour offrir son aide. Elle a d'abord suggéré de cuisiner; elle croyait y retrouver de la nourriture, une cafétéria, mais ce n'était pas la réalité. Dans cet orphelinat, il n'y a pas de petite collation, pas de petites gâteries, pas d'aliments pour préparer des repas. Quatre-vingt-dix pour cent de l'alimentation des enfants est composé de riz, alors il faut cuisiner avec le riz. Le guide alimentaire ça ne fait pas partie de leur vocabulaire.

 Hélène a aussi proposé son aide pour l'entretien ménager. Dans le dortoir, les enfants dorment sur des matelas avec des puces, elle a donc suggéré de sortir les matelas à l'extérieur et d'acheter des produits pour les désinfecter. Il fallait aussi soulager les enfants qui se font mordre par ces puces. Elle voulait à sa manière leur procurer un milieu de vie propre et soigné. «Dans cet orphelinat il n'y a pas d'hygiène».

 A l'orphelinat Hélène a organisé un petit défilé de mode avec des vêtements pouvant convenir à toutes les tailles qu'elle avait recueillis avant son départ. Cette activité s'est déroulée dans la joie et beaucoup d'humour. Les enfants étaient fiers de pouvoir porter de beaux vêtements.

 Dans le village de Fort Dauphin, Hélène a rencontré des personnes attachantes qui doivent travailler de nombreuses heures par jour pour pouvoir faire vivre leur famille.  Elle a aussi offert son temps bénévolement dans une école «je les faisais chanter, je leur apportais des bonbons; lorsque j'arrivais c'était un attroupement ». 

Après mon départ, ce qui m'a marqué le plus, c'est leur sourire, leur joie de vivre. 

Pendant son séjour de quatre mois à Fort Dauphin, Hélène a connu des enfants qui sont reconnaissants pour tout ce que la vie peut leur offrir, un simple petit geste de gratitude peut faire toute la différence.

Depuis leur retour au Québec Carol et Hélène fournissent une aide financière pour permettre à trois enfants d'une famille de Fort Dauphin de poursuivre leurs études. Malgré la distance qui les séparent, ils suivent rigoureusement leurs résultats scolaires. Ces enfants pourront peut-être un jour contribuer à l'amélioration des conditions de vie de leur village.

Carol et moi sommes revenus avec les valises vides; on a tout été porté nos vêtements, chaussures, soins de beauté et autres à l'orphelinat .  Sans oublier beaucoup d'amour.

 A l'orphelinat on la surnommait

Mamie, elle s'en souviendra encore longtemps.